3 Questions à Dr Bouting Mayaka Georges, Directeur de l’hôpital de district de santé de Dschang, à propos des morts asphyxiés de ce dimanche.

Publié le 31 Déc 2017 par Augustin Roger MOMOKANA

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Docteur Bouting Mayaka, la ville de Dschang a été réveillée ce dimanche par un drame : deux morts et deux patients dans un état critique. On dit des suites de l’asphyxie. Vous avez été sollicité en tant médecin.  Qu’est-ce que nous pouvons savoir de votre constat ?

« Effectivement ce matin nous avons été appelé suite à deux décès suspects. Dans un studio, dans un quartier de Dschang.  Sur le terrain nous avons constaté un phénomène que nous avons interprété, c’est-à-dire que dans lequel les corps ont été découverts est  un milieu confiné et en plus les occupants ont dormi avec un four à charbon durant toute la nuit.

La patiente ; celle qui a pu nous parler nous a laissé croire, par la symptomatologie qu’elle a présenté ; à savoir vomissements, céphalée, vertiges et malaise, que c’est l’exposition à la fumée de charbon dont le corollaire est la production de CO qu’on appelle encore le monoxyde de carbone qui est responsable de la mort de deux des quatre occupants du studio.

Nous avons eu quatre patients dont deux décès sur le champ d’ailleurs. Les deux survivants  sont en soins intensifs au niveau de l’hôpital de district de Dschang, c’est-à-dire que nous prenons soins d’eux ; et tout porte à croire que les paramètres sont bons. Les deux dames sont conscientes, elles coopèrent.  Nous pensons qu’elles vont certainement s’en sortir.

Expliquez-nous comment est-ce que le monoxyde de carbone agit dans l’organisme humain de façon à provoquer la mort par asphyxie ?

Oui quand on est exposé à la fumée ou dans un milieu sans oxygène habituellement le monoxyde de carbone (Co) prend la place de l’oxygène. Pour le cas de figure c’est une exposition à la fumée de charbon qui produit du Co et, scientifiquement parlant  le Co a plus d’affinité pour l’hémoglobine que l’oxygène. Parce que l’hémoglobine est celle molécule-là qui porte l’oxygène qui nourrit nos tissus du corps. Dans le cas d’une compétition entre le Co et l’oxygène c’est le premier qui l’emporte. Parce qu’il a 240 fois plus d’affinité pour l’hémoglobine que pour l’oxygène.  Dans ce cas de figure l’hémoglobine qui porte l’oxygène est  bloqué par le Co  qui est très toxique et  délétère pour les tissus. Ce qui explique que le cerveau, les tissus, et les autres organes nobles ne sont plus oxygénés. La symptomatologie qui vient découle de ces souffrances cellulaires, ces souffrances tissulaires, ces souffrances organiques. C’est pour quoi vous allez voir que les premiers symptômes sont souvent la nausée, les vertiges parce que le cerveau n’est pas bien oxygéné, les vomissements, la mousse qui sort au niveau du nez. Ça veut dire qu’il y a eu souffrance au niveau des poumons et quand rien n’est fait la mort est à coup sûr immédiate. Et quand bien même on sauve le malade, s’il est arrivé dans un très mauvais état, les tissus ont déjà des lésions irréversibles.  Ce qui fait qu’il est souvent très difficile de sauver ce type de patients.

Quelle leçon les populations devraient tirer de ce drame ?

Oui comme leçon on peut tout simplement demander à la population  qu’il faut éviter toute situation qui expose aux fumées en générale.  En l’occurrence ne pas laisser un feu allumé dans un milieu confiné. Quel que soit le type de feu. Ça été le charbon pour Dschang ; ça peut être le feu de bois, ça peut être le feu de toute autre nature pour faire la cuisson dans un milieu confiné. Et il est conseillé d’éviter de s’exposer à  long terme à des fumées-quelle que soit la nature.  On voyait au village les gens allumer le feu avec le plastic. C’est extrêmement dangereux.

Quand on va au village la grand-mère a toujours un feu de bois allumé dans sa cuisine. Parfois on y dort, sans risque, sans accident. Il faut savoir que la cuisine de grand-mère est aérée. Il n’y a pas de plafond. La fenêtre est souvent toujours ouverte, la porte est ouverte.  C’est vrai que c’est dangereux, mais il y a ventilation relative. Ce qui fait que très souvent il y a très peu d’accidents. Mais ce n’est pas conseillé de dormir dans un environnement où il y a de la fumée. Quand vous êtes dans un environnement où il y a de la fumée vous suffoquez. Et la suffocation est un signe d’intoxication au Co.

Il faut toujours avoir les volets un peu ouverts, quel que soit le milieu. Chaque personne doit concourir à vivre dans un milieu aéré. Pour que l’oxygène puisse faire son travail et qu’il n’y ait pas compétition avec le monoxyde de carbone.

C’est le même phénomène quand on circule dans une voiture sans climatisation, où l’air n’est pas renouvelé. Ce qui se passe  c’est qu’à un moment l’oxygène qu’il  y avait dans la voiture fini par tarir.  Et le  monoxyde de carbone est plus en quantité que l’oxygène. La conséquence c’est que ce phénomène va entrainer une anoxie cérébrale et tissulaire. Et le même phénomène va se produire.  Donc il est conseillé, pour ceux qui conduisent, même si on ferme toujours les volets, d’ouvrir toujours de temps en temps les vitres pour permettre qu’il y ait une bonne oxygénation.  Les céphalées sont un signe qu’il y a anoxie.

Propos recueillis par Momokana Augustin Roger

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