Tentative de compréhension des récentes nominations des délégués permanents du Comité central du RDPC

Publié le 01 Jan 2018 par Augustin Roger MOMOKANA

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Nomination des Délégués Permanent du Comité Central du RDPC : des Ministres en fonction sous l’autorité des hommes d’affaires dans certains cas et des anciens ministres pour d’autres : tentative de compréhension.

Le Président National du RDPC, M. Paul Biya, a procédé il y a quelques semaines à la nomination des Délégués Permanents du RDPC dans les Régions et les Départements. La lecture de la composition de ces équipes ainsi que le profil des membres suscitent un constat et une interrogation. Avant de nous y intéresser,  un peu d’histoire.

Le 04 Novembre 1982, à la surprise générale, le Président de la République de l’époque, M. Ahidjo, décida de démissionner de ses fonctions de président de la République. Premier Ministre, M. Biya, lui succéda au nom des dispositions constitutionnelles. Seulement, quelques mois après ce passage de témoin dans des conditions historiques, les deux se mirent à se rentrer dedans. Raison : la tentative de l’ancien président de la République d’instaurer la primauté du parti au pouvoir (UNC) dont il était encore le président, sur l’Etat. Dans sa quête des stratégies pour conserver son pouvoir, M. Biya décida de la création d’un nouveau parti politique après la démission du président Ahidjo de la tête de l’UNC qu’il dirigeait depuis 1966. C’est ainsi que le RDPC vit le jour à l’issu du congrès de Bamenda le 24 Mars 1985. Depuis lors, sa vie n’a pas été un long fleuve tranquille. Sa création se fît  dans un environnement marqué par la suspicion et la peur, l’essentielle de la classe dirigeante étant constituée des personnes qui se sentaient redevables envers M. Ahidjo et qui n’acceptaient pas le leadership de M. Biya dont la mollesse dit-on, ne prédisposait pas à la gestion du pouvoir suprême. Alors qu’ils contenaient à peine les velléités de certains de leurs camarades du parti, M. Biya et le RDPC durent faire face à la manifestation de Bamenda dans les années 1990, manifestation dont l’objectif pour les organisateurs conduit par M. Fru Ndi, était la libéralisation de la vie politique au Cameroun. La flamme du RDPC n’aura jamais autant vacillée.

Dans la recherche des stratégies pour éviter que cette flamme ne s’éteigne, l’un des stratèges du régime, Joseph Charles Doumba, secrétaire général du parti, décida en marge des textes du parti de désigner des personnalités à l’occasion des différents événements politiques pour aller appuyer les différentes sections. Leurs noms de baptême : personnalités ressources d’accompagnement. Ces personnalités sont des fonctionnaires, bénéficiaires de  décret présidentiel et gestionnaire de crédit ou des hommes d’affaires. Compréhensible. Il fallait beaucoup d’argent pour mobiliser les troupes, acheter les consciences là où cela s’avérait nécessaire. En choisissant les gestionnaires de crédit, Ministres et autres, à défaut d’aller en prendre dans leurs multiples comptes ravitaillés à coup de marchés fictifs et autres fruits de la corruption, ils peuvent faire appel aux hommes d’affaires à qui ils ont donné des marchés ou à ceux qui espèrent en bénéficier. Seulement, avec le temps il s’est avéré que le parti s’est retrouvé pris en otage par ces militants de décret et leur désignation faisait désormais l’objet de marchandage. C’est  sans doute pour tenter d’y mettre fin que le président national du RDPC a décidé de la création des postes de délégués permanent dans les départements et les régions.

A la lecture de ces listes, il se dégage un constat : des Ministres en fonction jouent les seconds rôles dans plusieurs délégations. Comment comprendre ces choix ?

1ère hypothèse. Pour des raisons de stabilité, le Président National du RDPC n’a pas voulu responsabiliser des Ministres dont il devra se séparer avant les élections à venir.

2ème hypothèse. Le Secrétaire Général du Comité Central, M. Jean Nkuété,  a saisi l’opportunité pour régler des comptes.

Nous savons que si le décret est signé du président de la république, les propositions lui sont faites par le secrétaire général du parti. Il va de soi qu’un ministre en fonction a plus d’autorité et plus de possibilité pour financer le parti. L’hypothèse selon laquelle M. le Secrétaire Général en a profité pour régler des comptes à  ces Ministres irrévérencieux, nous semble plus proche de la vérité. C’est ainsi que dans le Ndé par exemple, il est allé “ressusciter” l’ancien Ministre, Clobert Tchatat, pour présider cette délégation, M. Mbwentchou Jean Claude, Ministre en fonction étant un simple membre.

Il vous souvient que, quelques mois auparavant, le Ministre Mbwentchou avait « viré » un fils de la Menoua, de surcroit Balessing comme le secrétaire général du RDPC, de son poste de directeur des affaires générales. Que celui-ci ait été nommé à ce poste grâce au concours de Jean Nkuété ou pas, M. Mbwentchou aurait dû tenir compte du fait qu’il a la même origine que le patron du parti dont il est censé être militant. Il faut noter que M.Yempie Gérémie avait été nommé à ce poste par M. Clobert Tchatat alors Ministre du développement urbain, et c’est à ce dernier que M. Nkuété a confié la délégation du Ndé.

Il faut se souvenir aussi qu’à peine M. Mbwentchou nommé Ministre du Développement Urbain et de l’Habitat, Ministère qui assure la tutelle de la société immobilière du Cameroun (SIC) M. Wouatsa Georges, un fils du Département de la Menoua, directeur de la production dans cette structure, avait été lui aussi viré. Le nouveau Ministre avait-il joué un rôle dans cette déchéance ? Difficile de répondre. Néanmoins, on ne peut s’empêcher de constater que le Directeur Général Adjoint qui fût nommé pour le remplacer numériquement est un fils du Ndé et amis du Ministre Mbwentchou.

Comme nous pouvons le constater, le Ministre Mbwentchou a déjà fait beaucoup de « victimes » parmi les fils de la Menoua. Il feint d’ignorer qu’il y a quelques années, lorsqu’il se crêpait le chignon à Bafoussam avec M. Zouebeng, Délégué Régional du Ministère dont il a la charge aujourd’hui, c’est un fils de la Menoua, en l’occurrence le Ministre d’Etat Lékéné Donfack, qui l’avait ramené à Yaoundé où il y avait confié la gestion d’un projet. C’est de là qu’il a été nommé Ministre. L’ingratitude finit toujours par nous rattraper. En le mettant sous l’autorité d’un ancien membre du gouvernement, M. Nkuété  aurait voulu lui rappeler que le respect et la reconnaissance  sont des valeurs avec lesquelles ont ne devrait jamais transiger en politique.

Nous constatons par ailleurs que dans ces listes, que ce soit dans le Département de la Menoua où ailleurs, on retrouve des noms des personnes dont les états de services au sein du RDPC ne sauraient justifier une telle promotion. Rajoutant ainsi aux frustrations après le consensus de façade lors des opérations de renouvellement des organes de base. Décidément, l’écart est devenu la norme au sein du parti de M. Paul Biya.

Takafo Antoine

Librettiste

Dschang, le 28/06/2016

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