Augustin Roger MOMOKANA:« Mon père est mort ».

Publié le 03 Jan 2018 par Augustin Roger MOMOKANA

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Mon père, qui s’appelait MOMO Etienne, est décédé dimanche dernier le 16 juillet 2017 à 19h26 minutes des suites de maladie, dans une clinique à Dschang. Il y avait été interné vendredi le 30 juin dernier, à la suite d’une « petite plaie » sur un orteil de son pied droit.

Etant diabétique et hypertendu, la situation s’est rendue critique au fur et à mesure que les jours s’égrenaient ; tant et si bien que malgré le professionnalisme, la grande attention des gens de la médecine en service dans ce centre qui nous a déjà beaucoup souris en d’autres circonstances, il n’ a pas été possible, malheureusement, de lui sauver la vie.

Mon père, qui manque déjà beaucoup à ses enfants, ne présentait aucun signe de défaite face à cette nouvelle hospitalisation, de loin moins compliquées que les deux précédentes (celle de  fin janvier à l’hôpital des sœurs de Batsengla où il était resté pendant plus de trois semaines), celle de fin mai (à l’hôpital de district de santé de Dschang). Je l’ai transporté à l’hôpital pour que sa curieuse blessure soit soignée.

Mon père, dans son lit d’hôpital ne manquait pas de me demander de lui décrire comme je vois cette plaie. Ce que je faisais avec justesse, pour ne pas le choquer lui qui était  d’une autorité sans mesure car, si par malheur il se rendait compte que je le trompais je devais m’attendre à recevoir une demande d’explication. Mon père n’appartenait pas à la race qui tolère que son enfant lui dise des mensonges.  Alors à chaque demande j’essayai d’être le plus juste possible. Et un jour il m’a dit « Tu sais, toi tu as les yeux pour voir l’ampleur de la plaie, mais moi j’ai le cœur pour ressentir ses douleurs. Si tu penses qu’en coupant le pied cela peut nous arranger, décide-toi ! »

Lorsque le mal a attaqué le tibia et que le pied a commencé à pourrir de l’extérieur, j’ai parlé au chirurgien  avant de revenir vers le malade pour lui dire que dimanche matin il rentrera au bloc opératoire.  Il m’a répondu « Tout est volonté de Dieu ». Le jour venu, le médecin m’a dit : « Votre père est trop fatigué et vu son âge nous ne pouvons pas agir comme nous pensions. Il a entamé une autre phase on nous devons bien l’observer». J’ai compris son message, surtout que depuis deux jours mon père me disait « azèpoup mbèh ! » (Ce que nous nous sommes dit n’a pas changé).

Lorsque je suis rentré en salle j’ai constaté que mon père avait perdu toutes ses forces et même la parole. Je lui ai parlé et c’est avec beaucoup de peine qu’il a ouvert les yeux et tourné la tête pour me regarder. Il a quand même fait le signe qu’il a compris ce que je lui ai dit. En effet, je  me devais de lui rendre compte de chaque visite, ou des données  (prise de sa tension, glycémie) concernant sa santé.

Comme j’avais une séance de travail avec des amis et au sujet d’une grande fête. J’ai dû quitter mon malade pour près de trois heures, c’est-à-dire de 11h à 13h. Je l’ai retrouvé dans le coma. Il avait véritablement amorcé sa sortie de scène. Nous sommes restés à son chevet jusqu’à 19h25, l’heure fatidique. Il a emporté sa vie alors qu’il avait officiellement 76 ans. Il se moquait bien de son âge. Expliquant qu’il s’est personnellement rendu à Dschang au début des années  1950 pour se faire établir la carte d’identité parce qu’il devait présenter le certificat d’études primaires l’année suivante.  « On ne peut pas dire que je suis allé me faire établir la carte d’identité  alors que j’étais encore un mineur. J’avais été commis par notre père pour surveiller les champs  contre les singes à Dzémèto. J’ai donc fait avant d’aller à l’école plus tard. Après m’avoir observé, il m’a collé né vers 1941. Peut-être l’a-t-il fait pour m’aider à l’école. Puis que je lui ai dit que c’était pour m’inscrire à l’école ».

Mon père n’aimait pas la morgue car, elle est faite pour conserver les denrées alimentaires périssables. Pour cela il  a été mis à la morgue traditionnelle le lendemain lundi 17 juillet à 15heures et en présence de plus de 300 personnes pour la plupart représentant les différentes familles concernées  et des amis.  Les obsèques de MOMO Etienne,  autrement appelé « Tégni Maître », ou  « Maître SATAPOUM », ou « SOFOTSOP LATCHUET (Sou FOTSOP BALATCHI), ou LAJOU Etienne, ou « NDEHE » auront lieu le 19 août prochain. Le programme sera publié en temps opportun.

repose en paix papa !

Augustin Roger MOMOKANA