Zébazé Louis Albert à Sinotables.com : « Il y a eu des gens que la communauté a fait rapatrier parce qu’ils étaient dans une situation critique et sans moyens. »

Publié le 05 Jan 2018 par Augustin Roger MOMOKANA

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La diaspora Bafou de Guinée équatoriale a pris une part active à la troisième édition du festival Lemoû, du 02 au 09 décembre 2017.  Dans son stand ouvert dans le village de la foire exposition, le visiteur a eu droit à la dégustation de liqueurs et surtout à l’almanach de cette riche communauté qui, cette année a outre sa contribution financière pour le festival mis à disposition des fonds pour la construction des toilettes dans quelques écoles primaires du groupement.

Le chargé des affaires culturelles de la communauté Bafou de Guinée équatoriale, Zébazé Louis Albert a accepté de répondre aux questions de Sinotables.com.

Comment est-ce que vous vous sentez d’être au village aujourd’hui ?

Je me sens très  heureux, tout comme mon président et les autres membres de la délégation venue de la Guinée équatoriale. Nous sommes une douzaine.  On est très ému de retrouver le terroir et surtout les pratiques qui nous manquent de temps en temps. On a retrouvé nos familles qu’on n’avait pas revues depuis un bon bout du temps. Le Lemoû a permis que les amis et les parents de  Douala, de Nkongsamba, de Garoua, de Paris, de Malabo, de Bafoussam, entre autres, se retrouvent et cela est merveilleux.

Comment la communauté Bafou de Guinée équatoriale a-t-elle – préparé le Lemoû ?

Il y a de cela deux semaines, nous avons fait notre Lemoû à Malabo. C’était en prélude à notre participation à cette grande fête culturelle et identitaire du peuple Bafou. Après, il était important qu’une délégation conduite par  notre président se rendent au pays pour vivre cela en direct. Nous sommes donc ici aussi pour présenter ce que nous faisons là-bas, et pour aussi présenter les différents membres de notre communauté au terroir.  Cela en distribuant le calendrier et en invitant les uns et les autres à la dégustation des boissons importées de Guinée équatoriale.

Quelle est la touche de Malabo à l’organisation de cette édition du festival Lemoû ?

Nous avons envoyé, comme tout le monde,  notre contribution qui n’était pas minable. Ensuite nous avons sollicité et obtenu un stand pour faire notre promotion.

Quelles sont les types de questions qui vous sont posées  par les visiteurs ?

Il y a surtout des parents qui veulent avoir une large information sur  la Guinée équatoriale, soit parce qu’ils y ont un enfant soit parce qu’ils ont un enfant qui souhaitent  de s’y rendre. Ils vous demandent comment se fait l’intégration du nouvel arrivé, est-ce qu’il y a une réunion générale de la communauté en Guinée équatoriale ? Il y en a qui veulent savoir si nous pouvons accueillir leurs enfants. Il y en a qui veulent savoir pourquoi parfois les Camerounais se plaignent que la Guinée équatoriale fait la chasse à l’homme.

Parlons de vous-même. Dites-moi, comment s’est faite votre intégration ?

Je suis à Malabo depuis 10 ans. L’intégration n’a pas été facile. Mais j’y ai trouvé des ainés qui m’ont pris sous leur encadrement. C’est ce qui se passe généralement.

Généralement la communauté siège tous les samedis. Quand quelqu’un vous a accueilli sous son toit, il doit impérativement vous présenter à la communauté lors de la prochaine rencontre. Tout commence par là. Et puis, s’il y a nécessité de travail, le nouveau venu est pris en main par un technicien qui a un chantier. S’il s’applique, il ne va pas souffrir et pourra devenir patron de lui-même au bout d’un temps. Dans la mesure qu’il va travailler en apprenant le métier.

Vous avez, en prélude à ce festival, organisé une fête que vous avez baptisé Lemoû Bafou Guinée équatoriale. Pour quoi ?

Il s’agit d’abord  de dire à la communauté et aux amis de la communauté que nous avons des valeurs identitaires du terroir que nous partageons et œuvrons à préserver malgré notre éloignement du terroir. Il s’agit ensuite de la mobilisation générale avant le festival proprement dit.

Cette année, nous avons reçu plusieurs chefs de missions diplomatiques : l’ambassadeur du Tchad, des Etats-Unis, de France, et naturellement l’ambassadeur du Cameroun.  Tous les Bafou, à l’occasion,  ont arboré la tenue du festival. Comme menu il y avait les danses traditionnelles, la gastronomie typique. Cela a été un grand succès et notre présence ici est le prolongement et le couronnement de cette activité. Nous souhaitons que tout se termine bien.

Comment se passe le festival depuis que vous êtes là ?

Tout se passe normalement. Rien à signaler. Tout a été bien pensé et mis en œuvre. Les choses se déroulent sans heurts. Nous avons installé notre stand depuis deux jours et nous profitons de cette présence pour visiter les stands montés par d’autres délégations.

Vous mettez à profit votre séjour pour découvrir d’autres stands. Vous avez donc enrichi votre carnet d’adresses de quelques contacts ?

Nous multiplions des contacts. Vous nous avez retrouvés avec une association dénommée Dynamique Bafou. Elle est venue nous présenter ses objectifs et un produit  qu’elle développe depuis quelques années déjà.  Cela nous intéresse. Lorsque nous serons de retour à la maison, nous allons déposer le dossier sur la table de la communauté.

Nous avons visité les stands des Bafou en Europe et avons échangé des contacts. De nombreuses communautés sont venues à notre rencontre. Nous échangeons de contacts pour qu’après le festival nous nous concertions  et à travaillions ensemble, si possible.

Comment pensez-vous que le festival Lemoû ne soit pas seulement festif, avez-vous pensé aux retombées d’un tel rassemblement ?

Nous nous disons depuis le commencement que le tout n’est pas de venir manger, boire, danser et repartir. On aimerait que de temps en temps on retrouve les traces du Lemoû dans la communauté. Ça peut être l’électrification d’un coin, la réalisation d’une adduction d’eau potable, la reprofilation d’une route, etc. Il est nécessaire qu’après le festival les gens se rendent compte qu’il y a quelque chose de plus qui a été réalisé dans le groupement.

En ce qui concerne la communauté Bafou de Guinée équatoriale, nous avions envoyé déjà de l’argent pour réaliser des toilettes dans quelques établissements scolaires.  Nous disposons du temps pour  nous faire présenter ces réalisations, avant notre départ.  Avant, on avait distribué des fournitures scolaires. Cette année nous avons pensé aux toilettes dans six écoles. On souhaiterait avoir des œuvres comme celles-là après le festival. Cet engagement n’a rien à voir avec notre contribution financière pour l’organisation du Lemoû.

Cela m’amène justement à comprendre  comment est-ce que la diaspora Bafou de Guinée équatoriale planifie sa participation au développement du terroir ?

La communauté Bafou de Guinée équatoriale a toujours été présente lorsqu’on parle du développement de Bafou. Nous nous appuyons sur sa majesté le chef supérieur car il sait ce qui peut être fait pour améliorer la vie des gens au village.  Notre communauté a inscrit le développement du terroir comme activité obligatoire et chaque membre cotise pour cela. Chaque année on doit mener une activité pour le développement du groupement.  Cette année, c’était les toilettes. L’année prochaine ce pourra être la réalisation d’un bâtiment, ou l’installation d’un point d’eau dans une école ou dans une formation sanitaire.

De temps en temps, les médias nous renvoient l’image d’un gouvernement équato-guinéen qui fait la chasse aux étrangers. Il s’agit d’une image pas du tout reluisante. Comment vous qui vivez dans ce pays accueillez-vous cette chasse à l’homme ?

La loi de la Guinée équatoriale exige que tout personne étrangère qui souhaite s’y établir soit en règle, c’est-à-dire qu’elle ne doit pas vivre dans la clandestinité. Elle doit demander et obtenir sa carte de résidant.  Dès lors que cela est fait, les choses deviennent moins compliquées. Cependant on a un problème de langue. La barrière linguistique est au centre des incompréhensions et des situations que vous décriez. Vous parlez français à quelqu’un qui vous parle l’espagnol. Forcément vous ne vous comprenez pas. On vous demande vos papiers, et vous n’avez pas la possibilité de vous exprimer correctement. Vous pouvez également mal vous exprimer et cela engendre un conflit entre la police et vous. Cette situation n’est pas propre à la Guinée. Quand vous vous trouvez quelque part et que vous avez affaires aux gens qui parlent une langue que vous ne comprenez pas, cela pose problème.

Des cas de secours aux compatriotes en difficultés, vous en connaissez ?

La communauté Bafou ne veut pas admettre qu’un Bafou vienne en Guinée pour se pavaner sans rien faire ou pour mener une vie de dépensier. Nous exerçons la force pour amener tout Bafou qui arrive à intégrer la communauté, à faire quelque chose et à mener une vie de responsable. Parce que sinon quand il aura un problème, c’est vers sa communauté qu’on s’adressera. Si tel était le cas, nous allons nous retrouver entrain de souffrir pour quelqu’un qui, lorsqu’il était en santé, ne voulait rien faire.

Lorsqu’on introduit quelqu’un par  la force au sein de la communauté, il doit verser son assurance comme tous les autres membres.  Ce qui fait qu’en cas de maladie…Il y a eu des gens que la communauté a fait rapatrier parce qu’ils étaient dans une situation critique et sans moyens.  On ne le fait pas par méchanceté, mais pour qu’ils rentrent se faire soigner au pays et à moindre coût.

Propos recueillis par Augustin Roger MOMOKANA