Pour un ou deux jours fériés consacrés au multiculturalisme. Par KEMADJOU NJANKE Marcel

Publié le 23 Fév 2018 par Augustin Roger MOMOKANA

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Lorsque Tom Yom’s installe les Journées Camerounaises de la Musique (JCM), au beau milieu de décembre, beaucoup ne comprennent pas pourquoi il choisit ce mois. Ce mois est le plus ensoleillé du Cameroun et ces journées se démarquent de la fameuse mais anecdotique fête de la musique d’inspiration culturelle française qui se déroule chaque 21 juin en plein air, c’est-à-dire sous la pluie. Le choix de Tom Yom’s aurait pu attirer l’attention des pouvoirs publics qui aujourd’hui sont contraints de se souvenir que seul le multiculturalisme est foncièrement camerounais et doit reprendre la place qui est la sienne tandis que le bilinguisme officiel peut nous opposer au profit des autres.

Il suffit d’ailleurs de regarder le calendrier emprunté que nous utilisons pour comprendre qu’il n’existe aucune fête célébrée au Cameroun qui ne soit, fatalement, d’inspiration coloniale. Je sais que nos experts sans cultures fixes qui lancent des appels à l’universalisme alors qu’ils célèbrent avec plaisir les fêtes des autres commenceront à crier que le Cameroun a des centaines de tribus et autres presque-âneries dictées par les anciens maîtres de nos terres qui sont devenus nos maîtres à penser. Mais on peut fédérer toute cette diversité comme Tom Yom’s l’a par exemple fait autour du soleil de décembre. Je trouve qu’il est inadmissible qu’un pays comme le nôtre n’ait pas un jour férié consacré à cette diversité enviable. Les Béninois ont, en janvier, une célébration nationale vaudou qui est un jour férié. Les indiens ont un ministère du Yoga et ont obtenu des nations unies que le 21 juin soit célébrée comme journée internationale du Yoga, pendant que nous, nous dansons sous la pluie pour après mourir de fièvre faute d’argent pour se soigner ou d’une couverture maladie nationale ?

L’Ouest Cameroun que je connais avait ce que les peuples Medumba appellent ses le’nze c’est-à-dire des jours fériés. Il y avait un ou deux super jour fériés par an qui commémoraient le départ d’un grand roi pour l’autre monde, des jours fériés périodiques comme par exemple les fêtes de régénération et des jours fériés hebdomadaires. Je rappelle que la semaine dans l’Ouest avait 8 jours qui n’avaient rien à voir avec les sept jours de la semaine. Pendant longtemps l’éducation nationale a omis d’enseigner ces jours aux nationaux ; ce qui a fait croire à beaucoup que notre histoire a commencé avec l’entrée des Allemands au Cameroun. Les Bangoulap par exemple avaient pour jour férié le Ntonla et le Nsigha, les Bandjoun le Dzêdzè… Des auteurs comme Tchoumi Leopold (Les jours fériés en pays Medumba), ont pu souligner que la multiplicité des fériés mineurs hebdomadaires est antiéconomique. C’est possible. Mais quand on replace ces jours dans leur contexte on peut soutenir le contraire. La preuve actuelle en est le dynamisme indiscutable des peuples de l’Ouest. Ce qui est sûr c’est qu’avant, les chasseurs s’en allaient pour des longues périodes de chasse, les paysans passaient des jours entiers dans leurs plantations situées à des dizaines de kilomètres de leurs habitations. Et revenir de temps à autre pour s’occuper de leurs cases et de leurs familles n’étaient pas négligeables. L’autre chose c’est que le seul interdit était celui de retourner la terre ; donc de ne pas faire usage de la houe. On pouvait donc débroussailler, c’est-à-dire utiliser la machette et bien d’autres instruments agraires. En outre c’était les jours où les Kum se réunissaient pour décider de la marche du pays. Les épouses se devaient donc de demeurer à la maison pour servir de bon repas pour que ceux des époux qui appartenaient aux Kum ne rentrent pas ivres le soir (faute d’avoir bien mangé avant de sortir), en vertu de la sagesse qui dit que plus la réunion dure plus on boit. Aujourd’hui on se rend compte que l’interdiction de travailler n’est pas absolue comme au temps de nos ancêtres car les commerçants, c’est un exemple parmi d’autres, ouvrent toujours boutique les jours fériés, à l’exception du 20 mai. Même ici, on se rend compte qu’il y a exception ; l’industrie du divertissement prend le relais après 18h car il n’y a pas de célébration digne de ce nom sans excès d’alcool. Nos ancêtres avaient déjà compris cela. Cessons donc de nous comporter comme s’ils ne nous ont rien légué et inspirons-nous de leur sagesse qu’il nous faut simplement transposer à notre temps avec les amendements utiles. N ou deux jours fériés par an consacrés à notre diversité culturelle ferait du bien à tous à la place d’un festival national des arts et de la culture qui n’est que l’affaire d’un seul ministère. Il s’agit pourtant d’une question d’intérêt national qui doit impliquer jusqu’au conseil constitutionnel.

KEMADJOU NJANKE Marcel