Apoupoh Gnoufop Serge Hervé propose aux hôpitaux une couveuse révolutionnaire pour bébés prématurés.

Publié le 12 Mar 2018 par Augustin Roger MOMOKANA

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Sinotables s’est entretenu avec le jeune chercheur, à son retour des JERSIC où son projet a remporté le Prix Spécial du Président de la République.   Apoupoh Gnoufop Serge Hervé revendique être le créateur de l’ « Infotronique », c’est-à-dire la conception des cartes électroniques à partir de l’outil informatique.

Monsieur Apoupoh Gnoufop Serge Hervé, vous êtes beaucoup plus connu sous le pseudonyme de Apo Fils. Comment allez-vous ?

Je me sens bien.

Vous revenez des JERSIC (Journées d’Excellence  de la Recherche Scientifique et de l’Innovation du Cameroun) en tant que lauréat du Prix Spécial du Président de la République.

Je ne dirai pas que je suis lauréat  tout seul. Il est vrai que je suis inventeur depuis 2012. Mais nous avons créé un groupe que nous avons baptisé Agence Universitaire pour l’Innovation (AUI). Nous avons exposé aux JERSIC 2018 sous ce label. Et là nous avons remporté le Prix Spécial du Président de la République. C’est un prix pour notre équipe.

Qu’avez-vous présenté aux JERSIC 2018 ?

J’avais commencé à travailler, depuis 2012, sur une couveuse pour bébés prématurés. En fait, j’avais constaté que dans notre pays nous avons beaucoup de formations hospitalières, de centres de santé, de cliniques qui ne disposent pas de couveuse pour bébés prématurés. Sur 300 bébés, 70% sont morts prématurés. C’est pour apporter une solution à ce problème que je me suis lancé dans la recherche pour une couveuse néonatale.

Et depuis combien de temps votre couveuse existe-t-elle concrètement ?

J’ai terminé mes recherches en 2013. A l’heure où je vous parle l’incubateur est disponible et des spécimens opérationnels dans quelques hôpitaux. Je peux vous citer, à titre d’exemple, l’hôpital Saint Vincent de Paul de Dschang.

Quelle différence y a-t-il entre votre incubateur et celui que l’on retrouve sur le marché ?

La différence se trouve au niveau du dépannage et du coût de notre appareil. Mes couveuses coûtent pratiquement la moitié du prix de la couveuse importée. En plus, la technologie est à la portée de nos techniciens. On ne peut pas abandonner une couveuse parce que déplacer un technicien pour la réparer n’est pas à la portée de l’hôpital.  L’AUI produit des couveuses dont le prix unitaire ne dépasse pas 2,5 millions FCFA, peu importe la zone au Cameroun.

En terme d’innovation il ne s’agit pas de quelque chose de révolutionnaire, M. Apo Fils.

Généralement, dans nos hôpitaux, lorsque la machine tombe en panne la sage-femme, c’est-à-dire celle qui a la charge de la salle des bébés prématurés, n’est pas au courant. Nous avons résolu le problème et sommes même allés plus loin. Si, par exemple le rythme cardiaque du bébé change, notre appareil est capable de lui envoyer l’information, même si  la sage-femme se retrouve à des centaines de kilomètres de l’hôpital. En plus, elle lui indique  la marge de temps qu’elle a pour intervenir et sauver la vie du bébé.  Egalement, l’intelligence de notre couveuse fait en sorte qu’elle puisse quand même réguler la température pour maintenir le bébé pendant un temps raisonnable, en attendant l’intervention.  Donc, en réalité notre machine est plus intelligente, par rapport à toutes les autres couveuses sur le marché.

Après avoir remporté le Prix Spécial du Président de la République, à quoi devrait-on s’attendre demain?

Madame le Ministre de la Recherche Scientifique et de l’innovation, madame Madeleine Tchuente, a beaucoup apprécié le fait que nous présentions un produit dans un domaine différent de tous ceux que de nombreux chercheurs proposent aux JERSIC.  Elle a promis de nous accompagner jusqu’à ce que chaque hôpital de notre pays soit doté d’une couveuse néonatale. Elle nous a mis au travail et nous sommes engagés à remporter le défi. Vous comprenez donc que nous travaillons déjà sur une version avancée qui sera disponible dans un mois au plus tard.

Comment va s’opérer la distribution de votre couveuse ?

Nous ne pouvons pas en parler avec certitude, mais nous avons déjà notre idée. En plus, nous devrons travailler aussi avec le ministère de la Santé publique afin que la distribution soit plus fluide.

Quelle est la durée de l’autonomie de votre couveuse en cas de coupure d’électricité ?

La machine que nous avons exposée aux JERSIC fonctionne à partir de notre réseau électrique. Ce qui signifie qu’en  cas de coupure d’électricité l’hôpital doit démarrer un groupe électrogène pour assurer sa continuité. L’utilisateur doit donc prévoir un groupe électrogène. Mais le modèle en cours est solaire. C’est le modèle que nous allons présenter dans les tous prochains jours à Madame la Ministre. Il s’agit d’un modèle qui fonctionnera partout, aussi bien dans les villes que dans les villages.

Parlons à présent de l’Agence universitaire pour l’innovation (AUI).

Je commencerai par dire merci à Monsieur Serges Djidjou qui, en fait, est enseignant à l’Université de Dschang. Il s’agit d’un papa que j’ai rencontré et qui m’a beaucoup canalisé. J’ai mené beaucoup de recherches. Tout ce que je sais faire dans la vie c’est la technologie. Tout ce dont je parle c’est de la technologie. Tout ce que je calcule c’est technologie. Mon domaine c’est l’électronique numérique.

Monsieur Serges Djidjou m’a connu comment ? Il s’est rendu compte que pratiquement chaque étudiant de l’Université de Dschang parlait d’un certain Apoupoh Serge qui l’a beaucoup aidé dans la réalisation de son projet. Voilà comment cet enseignant vient à la rencontre de  Apoupoh Serge.

En 2014, j’ai remporté deux importants Prix de Jeune Inventeur : le Prix de l’OAPI et le Prix du MINMEE. Le MINMEE pour sa part avait décidé de me mettre en collaboration avec une université dans la perspective de produire un modèle industrialisable des couveuses d’œufs de poule. C’est ainsi que ce ministère a attribué le marché à l’Université de Dschang, via le GIE. Le GIE doit travailler avec le jeune inventeur qu’est Apoupoh Serge. L’université envoie ses techniciens sur le terrain pour me rencontrer et parmi eux se trouve Monsieur  Serges Djidjou. Nous avons travaillé ensemble. Et avec le temps, nous avons trouvé mieux qu’au lieu que chacun reprenne sa route solitaire, il était mieux de se mettre ensemble. De là est né l’AUI.

Je tiens à rappeler ici que l’AUI n’a rien à avoir avec le CATI². L’AUI est engagée à apporter des solutions à de nombreux problèmes qui se posent à notre société dans le domaine technologique. Nous ne travaillons pas seulement sur les couveuses pour bébés prématurés, sur les incubateurs pour œufs de poules. D’ailleurs je dois vous surprendre peut-être, nous sommes allés aux JERSIC avec 08 innovations.

Que nous réserve donc l’AUI ?

Je ne peux pas exposer les projets sur lesquels nous travaillons encore, même s’ils sont très avancés. Néanmoins je puis vous dire que l’AUI a levé la tête pour la toute première fois et s’en est tirée avec le Prix Spécial du Président de la République. Je pense que la prochaine fois… En tout cas chaque Camerounais doit se préparer à acheter  un produit de l’AUI, puisque nous voulons des appareils accessibles à toutes les bourses.

Désormais il est question pour nous de produire les 08 innovations présentées aux JERSIC 2018. Ce faisant on réduit le taux d’importations au Cameroun. Ce faisant on facilite le coût de vie aux Camerounais.

Qui sont les membres de l’AUI ?

Nous avons M. Mahop qui est en fait un fin technicien, nous avons Apoupoh Serges qui est moi-même, et nous avons Serges Djidjou qui est la tête administrative

Propos recueillis par Augustin Roger MOMOKANA