Foumban : son festival cinématographique a du cran.

Publié le 06 Juil 2018 par Augustin Roger MOMOKANA

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La 3ème édition de Foumban film festival  s’est déroulée du 25 au 30 juin 2018 dans le chef-lieu du département du Noun.

« Cinéma et communions des peuples. » Voilà le thème de la 3ème édition de Foumban film festival qui s’est déroulée à Foumban dans le département du Noun du 25 au 30 juin 2018. Une initiative du  cinéaste Njoya Njfendjou Arouna à travers l’Association Afric 6nema qu’il préside. Entendu que la structure fait dans la valorisation du patrimoine ; du festival  de cinéma : production, diffusion, formation et la promotion de l’art et de la culture. La cérémonie d’ouverture du festival  s’est faite en en présence des cinéphiles et des partenaires de l’Association à savoir, le représentant de l’Unesco pour l’Afrique centrale, Salah Khaled ; l’ambassadeur de l’Egypte, Medhat  K El Meligy ; l’ambassadeur de la Tunisie, Djalel Snoussi ; l’ambassadeur de l’Algérie, Merzak Bedjaoui ;  l’ambassadeur de Gabon, Paul Patrick Biffot ; du préfet du département du Noun, Donatien Boyomo ; du représentant du sultan ;  du délégué départemental des Arts et de la culture, et des membres de l’Association.

Dans la dynamique temporaire,  entre 15 h-21h, hommes, femmes emmitouflées pour certaines, jeunes, adultes  prenaient d’assaut les principaux espaces de projection de films dont : le centre culturel du Noun, la place des balafons, le palais royal ;  et la Fondation Valentin Ngapout, journaliste de regrettée mémoire. Tout ce beau monde  scellait ainsi, par sa présence sur ces  lieux, la continuité d’un événement annuel qui est un rendez-vous des films historiques, documentaires scientifiques et touristiques des cinéastes camerounais, africains et du monde. Par l’occasion, il s’est  régalé avec  délectation des projections de genre fiction et documentaire. Entre autres : la 546ème édition du Ngouon, les routes de l’esclave (Unesco) ;  le festival du Nyang-Nyang, Muna Moto, Foumban cité royaume, le royaume Bafut, le prix de la liberté, (Cameroun) ;  Kemtaju Cheick Anta Diop, Ramata, la pirogue (Sénégal) ;  la bataille d’Alger, le puits, Alger vu du ciel, (Algérie) ;  Mandela,  Abolition de l’esclavage (France) ; les naufragés de Carthage (Tunisie), les flots de Libreville (Gabon), Sarounia (Mauritanie).  Au total, une trentaine de films  a été projeté pour le bonheur du public.

Au cours de cette édition  tenue  à Foumban , haut lieu de la culture négro africaine et  lieu de naissance du festival, un hommage posthume, bien mérité,  a été  rendu  au cinéaste, feu Arthur Sibita, promoteur du film « Les coopérants ». Qui  avait pris part à la 1ère édition du festival  qui s’est  tenue en 2014.

Les  enjeux du festival

Aux dires du directeur du festival, Hassan Njoya, à travers ces projections cinématographiques, il  est question « d’éveiller les consciences sur des faits historiques dans la perspective d’une  pérennisation des acquis  et d’un changement qualitatif des comportements. Ceci quand on sait que le film est un donner à voir et un donner à penser ». Un avis partagé par Donatien Boyomo qui, dans son allocution  à la cérémonie d’ouverture du festival le 26 juin 2018 a laissé entendre que le 7ème art est un puissant moyen de communication et de diffusion de la culture.  Par là il a émis le vœu que « la jeunesse du Noun exposée à des pratiques et activités déviantes comme l’escroquerie, la consommation des drogues, l’oisiveté, l’abandon de l’école  puisse bénéficier de la projection des films au caractère éminemment éducatifs dont nombre exaltent la fibre patriotique. Afin de mieux s’interroger sur le chemin qu’elle emprunte pour sa vie future, percevoir la nécessité de préserver la paix dans notre pays  et promouvoir le vivre-ensemble. »

Selon Lucien Malli, réalisateur et formateur au sein de l’Association, le choix du thème de l’édition n’est pas innocent quand l’on sait que la bataille d’Alger inscrite aujourd’hui  au programme d’histoire des classes Terminales et dont la projection  du film réalisé en 1969 était considérée comme l’un des sommets des  productions cinématographiques a inspiré.  Et servi  d’exemple de lutte de libération pour les pays d’Asie, d’Afrique (Mozambique, Namibie, Guinée Conakry et Bissau, Angola) et d’Amérique Latine.  Le diplomate Algérien soutient : « Nous avons tenu à montrer ce film parce que ‘La bataille d’Alger’ qui a permis l’accession à l’indépendance du peuple algérien  est un exemple de son sacrifice. Aujourd’hui, tous les  peuples épris de paix et  justice doivent acquérir leur indépendance, je pense par exemple au Sahara occidental qui doit s’autodéterminer. Les Nations unies doivent organiser un référendum d’autodétermination  en ce sens qu’il  reste aujourd’hui la seule colonie  en Afrique.  Nous le disons parce que  nous-mêmes, sommes passés par là. En mars 1962 au plus fort du combat  entre le colonisateur français et le Front de libération national (Fln) algérien, il y a eu un cessez-le-feu. Le général de Gaule a demandé un référendum d’auto détermination : il a dit qu’il a obtenu un cessez-le-feu avec le Fln  mais il va consulter quand même le peuple, peut-être qu’il optera pour  son  rattachement à la France. C’était ça l’idée. Le peuple algérien  a voté à 99, 99 % pour l’indépendance de l’Algérie. » S.E. Merzak Bedjaoui  révèle par ailleurs que l’esprit  patriotique du peuple algérien a servi  pour ses amis nationalistes camerounais dans la lutte pour l’indépendance du Cameroun : « Félix Roland Moumier  a rencontré les responsables du Fln  au Soudan, Caire et à Bamako au Mali. Nous avons retrouvé dans les correspondances entre les Upécistes et les gens du Fln  qu’une somme de 200 000 Francs Français avait été offerte aux Upécistes  par les responsables  du Fln à titre d’effort de guerre.  Beaucoup de militants de l’Upc sont venus s’entrainer à la guérilla dans notre pays, » dit-il. Et d’ajouter : « C’est  cette histoire commune que nous avons que j’essaye aujourd’hui  de  déterrer et d’épousseter  avec vous dans ce festival.  Nous sommes entrain de travailler pour la déclassification des archives détenues aujourd’hui  en France. Il  faudrait que l’on récupère  notre mémoire pour réécrire notre histoire. Parce que ce sont les Africains qui doivent écrire leur histoire. » 

La bataille d’Alger et le patriotisme camerounais

Le front de guerre entre l’armée nationale et les sécessionnistes  d’Ambazonie est  en  ébullition, ce qui interpelle le patriotisme camerounais. Selon un cinéphile et observateur avisé de la géopolitique, le patriotisme est la capacité pour un citoyen à supporter sa partie dans toutes les conditions. En cela le rapprochement du patriotisme algérien par rapport au problème des régions dites  anglophones  présente une situation  très loin d’être analogue à celle de l’Algérie.  « Il y a lieu de remarquer que l’on est ici en face d’une armée nationale qui doit lutter contre des bandes armées qui écument et infestent ces régions. Par des mains obscures particulièrement celles des voyous à la solde des puissances impérialistes du monde occidental. Il faut dans ces conditions une détermination particulière de l’armée nationale pour venir à bout de cette autre nébuleuse. Cette armée fait ainsi  preuve d’un patriotisme éprouvé étant donné la hargne, la détermination des prétendus sécessionnistes, » dit-il. Le cinéphile maintient que  cette armée brave les intempéries  et risque les plus graves pour chercher les moyens de dominer la rébellion et baliser le chemin pour la recherche d’un  dialogue pacifique.  « En cela, la présentation du film de la bataille d’Alger  peut nous permettre de réaliser qu’il est difficile de réussir une pacification sans faire face à une résistance acharnée.  Notamment  celle  des  hors-la-loi  et sécessionnistes  de l’Etat virtuel  d’Ambazonie, » argue-t-il.

Filbert  AZAP NDONGO