Chronique de Kemadjou Njanke: « Il est temps que tous les peuples de ce pays se souviennent de leurs cultures et les mettent en pratique.»

Publié le 13 Juil 2018 par Augustin Roger MOMOKANA

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Dschang, 13 juillet (Sinotables.com) – Je peux dire que l’éducation sexuelle des jeunes aujourd’hui a été abandonnée aux mains de la pornographie et ensuite, quand les pathologies s’installent, aux mains de spécialistes qui n’ont pas encore jeté un clin d’œil sur leur propre vie sexuelle mais qui se pressent au seuil des difficultés des autres.

On ne dira jamais aux jeunes que l’impuissance, la frigidité, l’éjaculation précoce et tous les traumatismes que subissent la prostate et l’utérus sont provoqués non seulement par l’alimentation riche en amidon et en sels cachés mais aussi par les stimulations sexuelles non spontanées. Combien de jeunes de moins de 35 ans sont incapables d’avoir une érection normale qui ne font pas appel aux vidéos de leurs portables où aux cachets pharmaceutiques ?

Je peux dire que ce sont les religions qui sont venues par bateau et à cheval qui sont les causes de ce funeste désordre car pendant que leurs prédicateurs faisaient de nuit des expériences sexuelles méchantes sur les enfants d’autrui, ils transformaient le sexe dans leurs sermons en instrument du diable et se contentaient d’inventer des vocables comme « fornication », « mariage forcé » ou de criticailler la polygamie qu’ils remplaçaient par des orgies, l’échangisme et autres formes incroyables d’adultère.

L’interdiction faite par les religieux de parler de sexe aux enfants sauf pour le vilipender est la cause de tout cela. Nos ancêtres avaient en effet compris que la sexualité est un instrument de l’amour et de la vie et non un défouloir. Je me rappelle comment mes parents me disaient que l’enfant mâle doit quitter la maison parentale lorsque l’impulsion sexuelle devient incontrôlé car il devient l’égal de son père et doit de ce fait aller bâtir sa vie ailleurs.

Je me rappelle comment grand-père disait que la femme appartient à tous les hommes qu’elle a connus et donc doit aller en mariage dès que son corps de désir est parfaitement formé. On appelle ça « mariage forcé » mais on laisse ou on encourage les jeunes filles à se faire dépuceler à l’âge de 13 ans hors mariage, dans les herbes derrière la maison familiale. Normal : les parents cherchent l’argent et quand ils sont rentrés le soir ils regardent le journal télé ou le feuilleton préféré en répétant aux enfants qui posent des questions qu’ils sont fatigués.

Si ce seuil de tolérance a été atteint c’est à cause de l’abandon des initiations sexuelles qui commençaient assez tôt. En effet, des veillées nocturnes communes appelées Mu (la télé les a remplacées aujourd’hui), chez les Bangoulap étaient organisées dans le cadre du village et dans le cadre familial et l’enfant commençait à entendre ces chants d’initiations sexuelles appelées ntonkeu dans le ventre de sa mère, ensuite à sa naissance ou alors qu’il apprenait à marcher, et après la circoncision dans son clan d’âge et en fin dans les madjong. Et c’est dans les mandjong qu’il acquérait la pleine signification de ces chants alors qu’il était déjà marié. Ces chants étaient conçus de manière que l’enfant ne saisissait ses nuances différentes qu’au fil du temps. Un exemple : le mot « tchou’ » du premier couplet d’un de ces chants qui disait, « en rentrant de la source d’eau potable, tchou’ a sifflé et j’ai cru que c’était un petit serpent ».

Le petit enfant de moins de 5 ans pensait qu’il s’agissait d’un oiseau ; quand il entrait dans un clan de gamins après la circoncision, il était convaincu en répétant le reste de la chanson, qu’il s’agissait des adolescents qui s’amusaient en rentrant de l’eau et plus tard, en considérant l’ensemble, il saisissait son sens réel car en réalité le tchou’ était une manière voilée de parler de la sexualité et les ndab dits éloges cités dans la chanson qui faisaient allusion au femmes dignes et aux femmes légères lui faisaient savoir que la sexualité était un couteau qui pouvait servir à construire ou à se dépraver. Et comme il savait que les manquements avaient pour conséquence des « ndon » (malédiction, karma), qui le rattraperaient sur la terre et non dans un enfer effrayant qui fait rire même les prêtres, il essayait d’être en règle car c’était toujours une honte d’être obligé d’aller détacher les liens du karma au vu et au su des siens. Cela mettait au grand jour ce que nous aurions voulu cacher.

Le ntonku n’a pas fait l’objet d’un livre particulier comme les contes d’initiation sexuelle d’un Sévérin Cécile Abéga mais il est temps que tous les peuples de ce pays  se souviennent de leurs cultures et les mettent en pratique pour éviter toutes les déviances modernes que laisse faire un Dieu étrange qui est caché au ciel et qui attend la fin du monde pour séparer les méchants des bons, les pécheurs des non pécheurs, les fornicateurs des purs.

Que cesse vite cette supercherie qui met en danger la survie de l’homme en faisant de ces enfants des incapables sexuels précoces et en leur donnant des déficiences physiologiques qui menacent la procréation et la survie de l’humanité.

KEMADJOU NJANKE Marcel