Crise anglophone : la région de l’Ouest en sons discordants.

Publié le 01 Août 2018 par Augustin Roger MOMOKANA

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La convocation de la conférence générale anglophone en date du 25 août 2018, une initiative conjointe du cardinal Christian Tumi de l’Eglise catholique ; du révérend Babila Georges Fochang de l’Eglise presbytérienne du Cameroun ; de l’Imam de la mosquée centrale de Bamenda, Tukur Mohamed Adamu ; de l’imam de la mosquée centrale de Buea, Aladji Mohamed Aboubakar qui se déroulera  du 29 au 30 août 2018 à Buea pour mettre un terme à la crise sécuritaire dans les régions dites anglophones du Nord-Ouest et Sud-Ouest en proie aux exactions des rebelles sécessionnistes divise. Dans les rangs de l’opinion.

La convocation de la conférence anglophone : une initiative louable

« C’est une idée noble qu’il faut soutenir. Nous appelons tous les acteurs politiques camerounais à soutenir cette initiative du cardinal Christian Tumi. Parce que les faucons du Rdpc et les extrémistes sécessionnistes trouvent en cette crise un fond de commerce pour s’enrichir. Il faut aller au dialogue, il faut le provoquer. Nous espérons que les amis sensibles, ceux-là qui aiment ce pays tant de l’intérieur que de l’étranger mettront la pression sur tous les acteurs pour ce dialogue ait lieu. Pour qu’enfin nous sortons de cette crise qui endeuille les familles et met à mal l’économie du pays, » soupire, le président la circonscription électorale Sdf de Mbouda dans le département des Bamboutos, Théodore Djatsa. Des réactions similaires et flagorneuses par rapport à la convocation de la conférence générale anglophone en date du 25 août 2018 à Douala, une résolution conjointe du cardinal Christian Tumi de l’Eglise catholique ; du révérend Babila Georges Fochang de l’Église presbytérienne du Cameroun ; de l’imam de la mosquée centrale de Bamenda, Tukur Mohamed Adamu ; de l’imam de la centrale de Buea, Aladji Mohamed Aboubakar  qui se déroulera du 29 au 30 août 2018 à Buea pour solutionner la crise sécessionniste, sont à foison sur la toile. Dans des chaumières, milieux religieux et politiques de la région de l’Ouest, elles alimentent la conversation. Il faut signaler que dans le document faisant état de la convocation de cette conférence, le prélat et ses pairs invitent à ce forum les populations des régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest auxquelles ils associent les contributions nationales et internationales (Nations unies) pour la réussite de l’événement. Ils déclarent  que les résolutions des assises seront immédiatement adressées au président de la République, ce qui lui permettra convoquer un dialogue national inclusif pour résoudre définitivement la crise anglophone. Les préalables à cette conférence étant : la libération des personnes mis aux arrêts et détenues en raison du déclenchement du mouvement insurrectionnel dans ces régions, le dépôt des armes par l’armée nationale et les rebelles sécessionnistes, le retour des réfugies.

Dans la mouvance des dites réactions, Fabien Tsafack, homme politique, confie que devant un problème ou une difficulté, il faut absolument essayer une solution. « Celle-ci peut même être maladroite mais là où des hommes réfléchis se retrouvent, une rampe de lancement peut être construite pour aboutir à des objectifs intéressants. Le seul fait que tous les leaders anglophones se retrouvent est déjà en lui-même un pas vers une approche globale de la question. C’est pour cela que la démarche du cardinal Tumi est louable, » laisse entendre, le politique. A l’en croire, cette approche présente des préalables qui ne lient pas forcément le pouvoir étant donné qu’il n’est pas dans l’intérêt de personne d’aller à la négociation en position de faiblesse. « C’est pour cela que chaque partie (pouvoir et anglophone) doit mettre de l’eau dans son vin et être disposé à accepter des compromis. Les anglophones devront comprendre que les résolutions issues de cette conférence ne seront que des propositions faites à l’intention du pouvoir pour le guider sans injonctions. A rechercher les moyens judicieux d’une sortie de crise. Il est important que pour cette conférence, le cessez-le-feu préalable occupe une bonne place pour permettre aux autorités d’en face d’évaluer la bonne foi des promoteurs de cette autre préoccupation, » dit-il. Un curé de paroisse dans le doyenné de Mbouda, pense qu’étant donné que les tentatives des politiciens de la zone anglophone à trouver une solution à cette crise ont échoué et devant l’aversion des sécessionnistes vis-à-vis de celle-ci, la proposition son éminence religieuse, le cardinal Tumi est une réelle porte de sortie. Étant donné que l’on assiste aujourd’hui  à un enlisement de la guerre fratricide qui ne fait qu’endeuiller les familles, appauvrir les populations et désorganiser les bases de l’économie. « En proposant cette alternative, le prélat est dans son rôle, conscient de l’importance de la paix dans le processus de d’émergence du pays. C’est bien pour cela qu’il faut s’insurger contre ceux qui pensent que le cardinal Tumi n’est pas né quelque part, qu’il est subjectif et qu’il ne peut pas avoir un point de vue. En prenant le point sur la forme de l’État comme incontournable, il n’exprime qu’une idée qui est largement partagée par les siens et beaucoup d’autres camerounais qui se dressent contre la trop grande centralisation. Qui a montré ses limites avec l’exacerbation de la corruption, les détournements massifs des fonds et la mauvaise répartition des fruits de croissance qui créent des frustrations sérieuses. Cet homme de Dieu qui a pris le temps de bien étudier le contexte et connait bien le milieu, mérite d’être écouter attentivement. Car c’est une voix qui compte, » soutient, le serviteur de Dieu.

Une démarche anticonstitutionnelle

Des esprits vifs et acérés pris dans les rangs de l’opinion et qui reconnaissent que les revendications des patriotes des régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest expriment le mal être de tous  les camerounais dans le triangle national soutiennent plutôt que « l’initiative du cardinal Christian Tumi est anticonstitutionnelle » en ce sens qu’elle cristallise d’avantage la partition du Cameroun en partie francophone et anglophone. Le président du Nouveau mouvement populaire (Nmp), André Banda Kani, membre du G20, qui est d’avis renchérit que « le cardinal Tumi est le parrain moral de la sécession » en ce sens qu’il celui qui aurait commencé à « mettre le feu dans cette affaire » en cautionnant dès le départ les dérives d’apartheid qui était au cœur de cette dynamique à savoir l’opposition entre les francophones et anglophones. Ce qui n’avait pas de sens dans le contexte camerounais. « Le prélat aurait dit à l’époque que le Sous-préfet de son village n’est pas anglophone alors qu’il a travaillé dans la zone francophone qui l’a accueilli comme un serviteur de Dieu. Ce sentiment de rejet, tribalisme a créé des conditions morales pour que cet administrateur civil soit attaqué par les sécessionnistes, » dit-il. André Banda Kani poursuit : « c’est dire que la convocation de la conférence générale anglophone de mon point de vue montre le vrai visage antipatriotique du prêtre : il veut se mettre au-dessus de l’État ; contrairement aux apparences, il veut se positionner comme étant celui qui veut résoudre la crise anglophone. Il met en relief cette tendance d’une certaine hiérarchie de l’Église catholique en Afrique à se croire au-dessus des Etats et à revendiquer l’autorité morale. Son initiative ramène le Cameroun à un régime de tutelle parce qu’il met sa conférence sous le parrainage de l’Onu ; de l’autre côté, il impose ses interlocuteurs à l’Etat au nom d’un prétendu dialogue inclusif qui aura lieu. C’est très grave parce que personne ne lui a dit qu’il aura ce dialogue, » argue-t-il, désenchanté.  Le président du Nmp maintient que l’initiative du prélat pose un problème sécuritaire majeur.  « En demandant un cessez-le-feu conjoint entre  l’armée du Cameroun et les meurtriers sécessionnistes, il met celle-ci au même niveau que les hors-la-loi. Pourtant, il s’agit d’une armée républicaine qui, dans son rôle régalien, défend l’intégrité du territoire contre des terroristes, bras séculiers des compatriotes, voyous aux rangs d’un certain Ébenezer  Akwanga qui ont bradé les régions du Nord-Ouest et Sud-Ouest à une multinationale canadienne, Kilimanjaro.  Et donc le cardinal n’en parle pas, l’on est là dans un gangstérisme international que l’on veut revêtir d’une démarche séparatiste qui n’a aucun fondement. Par là même, il légitime les exactions sataniques des terroristes qui tuent et pillent. C’est très grave ! Alors que les  ambazoniens sont très affaiblis comme l’indique leur communication avec leur parrain à l’étranger, » dit-il, amer. Le leader d’opinion conclut que le « citoyen du Vatican »  n’est pas digne d’une autorité morale, d’un moindre respect ;  l’on ne peut pas prétendre que l’État francophone du Cameroun est devenu le bourreau d’un État fantomatique anglophone.  « Mr Tumi est homme politique qui se cache derrière les attributs religieux. Il doit être traité comme tel. Sa conférence n’a aucune valeur, crédibilité. Nous n’y accordons aucune attention, » déclare-t-il

Filbert AZAP NDONGO