Culture: on ne change pas les règles d’usage comme on change de vêtements.

Publié le 21 Oct 2018 par Augustin Roger MOMOKANA

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Dans le département de la Menoua, certaines règles d’usages évoluent au gré des fantaisies portées par quelques individus. S’agissant de la salutation, c’est le cancer. La mode voudrait qu’elle s’arrime aux fantasmes de l’évolutionnisme.  Pourtant, le problème de succession demeure capital, et la confiance donnée une donnée fondamentale. De cette confiance est née la salutations chez les bamiléké.

-A lèkô ? (comment ça va ? Comment vas-tu ?)

-Azèpoup (rien n’a changé, ça va bien, aucun changement, pas de souci)

L’on a constaté, dans les années 90, un changement radical dans cette formule de salutation. Ce changement a été imposé par le principe que la vie n’est pas statique.

-Alèkô ? (comment ça va ? Comment vas-tu ?)

-Asizing (ça marche. Ça évolue)

Les promoteurs du changement ont ignoré le fait que les formules d’usage sont atemporelles et ne sauraient faire les frais  des arrogances linguistiques  quelconques.

Réagissant à propos de ce changement le ministre délégué auprès du Ministre de la Justice, Garde des Sceaux, Jean Pierre Fogui, lors de la campagne électorale en vue de l’élection présidentielle du 7 octobre, a soutenu que:

« Depuis un certain nombre d’années j’ai entendu certains dire qu’il ne faut plus dire « a zè poup », qu’il faut dire « a si zing ». Je profite de cette tribune pour faire une mise au point. La salutation, dans toutes les civilisations, est quelque chose de grave. Un peuple choisit pour se saluer quelque chose qui est fondamentale dans sa culture.

Chez les hébreux ou chez les israéliens on se salue en disant « Shalom », ce qui veut dire « paix ». Chez les Arabes on dit « Assalamu alaykum », et on répond « alaykumu s-salām ». Ça veut dire « que la paix soit avec toi ». Pour quoi ? Parce qu’il s’agit d’une région du monde qui a connu la guerre depuis des temps immémoriaux. Et donc la paix est pour eux une valeur cardinale.

Chez nous dans la région de l’Ouest, pour ne pas dire dans la Menoua, le problème de succession est un problème capital. Et chacun choisissait son ami le plus cher, son ami intime pour lui confier le nom de son successeur. Et quand ils ne voyaient pas pendant un certain temps, quand ils se revoyaient l’ami demandait :

-A nou zoko jo lekô ? (le secret que tu m’as confié, est-ce que ça a changé ?), et il lui répondait :

-A zè poup (ce qui veut dire la confiance reste et demeure).

Donc je profite de cette tribune pour vous dire de continuer à vous saluer :

-A lèkô ?

-A zè poup.

La confiance donnée est pour nous quelque chose de fondamentale.

Augustin Roger MOMOKANA