À QUAND LA FIN DE L’ÉPIDÉMIE À CORONAVIRUS AU CAMEROUN ?

Publié le 10 Avr 2020 par Augustin Roger MOMOKANA

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Toutes les personnes qui n’en peuvent plus de grossir ou de moisir en confinement se posent cette question tous les jours. Toutes les personnes qui ont vu leurs activités économiques (hôtellerie, restauration, transport, immobilier, etc…) s’éteindre se cognent la tête au mur de rage en se demandant : « Mais c’est quand la fin de cette terrible affaire de virus ? » On a des familles , des amoureux, des amis et des partenaires d’affaires qui ne se voient plus et se demandent « C’est quand la fin de ce cauchemar ? Eh bien, on a enfin une réponse pour toutes ces personnes.

Je voudrai d’abord préciser que même si un traitement efficace est disponible demain, l’épidémie ne prendra pas fin immédiatement. Hélas…

La seule et unique condition pour que l’épidémie s’arrête c’est que nous atteignons « L’IMMUNITÉ COLLECTIVE ». C’est à dire qu’il y aura assez de personnes immunisées contre le virus pour que sa transmission s’arrête… Concrètement, il faut au moins que 60% de la population atteigne cette immunité collective pour qu’on commence à imaginer la fin de l’épidémie. Je vous explique pourquoi: Il existe un variable en épidémiologie qu’on appelle le Taux de reproduction de l’épidémie (R0): Il traduit le nombre de personne qu’une personne peut infecter pendant une épidémie. Ce taux est par exemple de 15 pour la rougeole, 5 pour les oreillons, 3 pour EBOLA et 3 pour le VIH. Pour qu’une épidémie s’éteigne, il faut que ce taux soit inférieur à 1. Donc si au moins 60% de la population atteint l’immunité collective, l’épidémie disparaît de façon mathématique…

COMMENT ATTEINDRE L’IMMUNITÉ COLLECTIVE ?

Il existe 2 moyens d’atteindre l’immunité collective :

1. Par le vaccin.

Nous serons immunisés le jour où un vaccin contre la Coronavirus sera mis au point. Ce qui devrait prendre au moins 12 à 18 mois. Il suffira alors de vacciner une grande partie de la population pour que le cauchemar s’arrête.

Concrètement les pays occidentaux bénéficieront en premier de ce vaccin, puisqu’ils auront les moyens de le produire et/Ou de l’acquérir. Les pays africains comme le Cameroun peuvent commencer à espérer ce vaccin vers 2023, voir plus tard.

2. Par l’immunité naturelle

Nous pourrons aussi être immunisés si une grande partie de la population est infectée et survit. Car les gens auront ainsi développé une résistance au pathogène. C’est une stratégie qui ne perturbe pas trop les activités économiques, mais ravageuse des personnes vulnérables qui n’auront pas développé l’immunité : Les personnes âgées et/Ou les personnes porteuses de comorbidites (hypertension, diabète, cancer, obésité, maladies respiratoires, etc.)

QUELS CHOIX POUR L’AFRIQUE ET LE CAMEROUN?

Face à cette épidémie, de nombreux pays occidentaux avec une grande partie de la population du 3ème et du 4ème âge ont choisi le confinement. Le but est « d’aplatir » la courbe de l’évolution de l’épidémie pour qu’elle fasse moins de dégâts humains. Le problème c’est que ça fait durer l’épidémie dans le temps puisqu’un vaccin n’est pas prêt avant 2021. Toute tentative d’arrêter le confinement avant l’arrivée de vaccins se solde par un rebond de l’épidémie. On vient de le voir en Chine et au Japon. Il faut alors recommencer en étant encore plus stricte! Cette stratégie est également très dévastatrice sur l’économie.

Les pays africains n’ont pas les moyens de mettre leurs populations en confinement, surtout dans des stades avancés de l’épidémie comme au Cameroun. Ils doivent se résoudre à accepter ou subir l’immunité collective et plus spécifiquement l’immunité naturelle.

Mais pour que la situation soit à peu près maîtrisable, surtout dans la gestion des flux dans les hôpitaux des malades qui n’auront pas pu résister à la maladie, l’immunité naturelle doit être graduelle. Elle doit s’étaler sur 1 à 2 ans. Par chance, la démographie africaine (les personnes âgées représentent seulement 5% de la population camerounaise contre 25 à 30% pour de pays comme la France, l’Italie ou le Japon) et d’autres facteurs protecteurs qu’on étudie encore (vaccin BCG, température, prise régulière de médicaments contre le paludisme, etc.) semblent jouer en faveur de la progression assez lente de l’épidémie chez nous.

Il faudrait donc à mon avis :
1. Renforcer toutes les mesures barrières et de distanciation sociale et le port du masque, mais sans bloquer l’économie, pour freiner la progression du virus, mais sans l’arrêter ; Le coronavirus continuera à infecter la population assez lentement et qui résistera à son tour. D’ici 2 ans, nous aurons atteint l’immunité collective (naturelle) à 60% et probablement, nous n’aurons pas besoin d’un vaccin.

2. Apprendre à vivre avec le COVID-19. Il faut déjà intégrer que beaucoup d’entre nous (moi en premier) serons (Ou avons déjà été) infectés Par ce virus. Sans le banaliser, il faudrait apprendre à le dédramatiser; Éviter la stigmatisation de ceux qui sont atteints, avoir de la compassion et leur apporter et soutien dont ils ont besoin. Il faut par ailleurs éviter la psychose. Toute fièvre, tout mal de tête, toute toux n’est pas obligatoirement du coronavirus. Avant cette épidémie le paludisme et d’autres pathologies tropicales étaient déjà la. Elles ne se sont pas effacées pour laisser la place à la maladie star du moment. Continuez donc à vous soigner à prendre vos antigrippaux, vos antipaludiques, antibiotiques et médicaments contre la fièvre comme avant. Jusqu’à ce que le diagnostic de Coronavirus vous soit établi par un médecin. Vous affronterez donc cette fois cette maladie sans anxiété, mais avec courage et détermination. Vous pouvez vaincre la maladie à votre niveau, mais ensemble nous allons botter cette épidémie de notre pays, voire de notre continent.

Dr Roger ETOA

Médecin de santé publique