Je ne sais pas si certains mesurent la distance entre le jour où leur maman a été enceintée et le jour où ils ont décidé de voler de leurs propres ailes.

Publié le 30 Nov 2020 par Augustin Roger MOMOKANA

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Ma personne,

Le monde est seulement entrain de se gâter à la vitesse de l’éclair. Les animateurs d’une chaine de télévision de chez nous ont poussé leur vice jusqu’à demander à leurs téléspectateurs s’ils seraient prêts à héberger leurs beaux-parents sous leur toit. Quand j’ai entendu ça, mon cœur a fait un genre.

Ma personne,
J’ai écouté quelques interventions des téléspectateurs avant de me résoudre à zapper cette chaine qui, au lieu de promouvoir nos valeurs, se fait le relayeur des valeurs occidentales axées sur l’individualisme, l’égoïsme et non la solidarité et l’altruisme. Dès qu’on a eu la grâce du Ciel, on vit comme si nos parents n’ont rien fait pour nous. Et même s’ils n’avaient rien fait, sommes-nous en mesure de les déchoir de leur qualité de notre géniteur !

J’ai des amis de l’autre côté de l’atlantique. Ils ne sont pas africains comme moi. Mon ami D vit de Seattle, aux USA. Il a été très gêné quand m’ayant annoncé son intention d’aller – dans la maison familiale à 600 kilomètres- prendre sa maman âgée de 90 ans pour venir confier à une maison de retraite dans sa ville, je lui ai répondu que cela n’était pas pensable ici chez nous. Je tenais à lui faire comprendre qu’il avait le devoir naturelle de s’occuper personnellement de sa maman. Même s’il faut que je lave les cacas de mes parents je le ferais.

Ma personne,
Il n’est pas admissible que nous continuons à faire preuve d’égoïsme vis-à-vis des nôtres, parce que nous les considérons comme une charge insupportable. Qui mieux que moi pourrait s’occuper de ma mère qui m’a porté en son sein pendant neuf mois, m’a donné la vie, m’a élevée parfois au prix de sacrifices inestimables, jusqu’à ce que je devienne un homme et la quitte pour aller vivre hors de la maison avec ma femme ? Qui mieux que moi aurait pu s’occuper de mon père pendant qu’il était devenu nécessiteux ? Je ne sais pas si certaines personnes essaient de mesurer la distance qu’il y a entre le jour où leur maman a été enceintée et le jour où ils ont décidé de voler de leurs propres ailes.

Lorsque j’étais tout petit, j’ai observé deux choses importantes de mes parents : lorsque mon grand-père paternel venait nous rendre visite à Mbouda, mon père et ma mère lui laissaient leur chambre pour venir occuper la nôtre et m’envoyaient dormir avec grand-père. Lorsque ma grand-mère maternelle venait à la maison, mon père quittait son lit conjugal pour laisser grand-mère dormir avec maman. Cela durait parfois quelques jours ou une semaine.

Plus tard, à la réflexion, j’ai constaté que cela n’avait aucun rapport avec l’état de notre lit. Mon père était quand même Clerc Assermenté d’Avocat! Les deux lits de la maison étaient faits en bois et le matelas en herbes étaient toujours de bonne qualité quand on les remplaçait. Mon père détruisait le remplacé, l’enfouissait dans le sol, pour fertiliser le jardin devant la maison. Pourquoi cédaient-ils leur lit conjugal à un étranger? Parce que ces personnes étaient très importantes pour eux. Ils leur devaient la vie. Leur céder le lit était en quelque sorte une marque de reconnaissance, de fidélité, de respect.

A mon tour, l’unique fois que mon grand-père m’a rendu visite, il a dormi dans mon lit avec moi, ma femme est allée dormir avec notre fille ainée. Lorsque malade ma belle-mère est venue chez-moi -c’était de son droit de venir pour que nous nous occupons d’elle – j’ai quitté mon lit conjugal pour aller dormir dans la chambre de mes deux garçons ainés. Elle est restée avec nous pendant plus d’un mois sans que cela ne nous posent de problèmes. Le seul souci que j’avais était de lui assurer ses médicaments. Dieu m’a beaucoup aidé dans ce sens-là. Maintenant c’est ma propre maman qui est avec nous à la maison. Elle restera tant qu’elle voudra que nous nous occupions d’elle. Elle a ce droit-là et nous devons nous montrer à la hauteur.

Ma personne,
Quand j’écoutais la télévision ce matin, j’ai constaté que le fossé entre les gens d’hier et ceux d’aujourd’hui est démesurément grand et profond. Certains nous disent que l’époque est révolue où l’on acceptait les gens de la famille à la maison. C’est chacun chez soi, quelle que soit la situation. D’autres répondent que pour qu’un beau parent leur rende visite il doit s’annoncer des mois à l’avance- c’est-à-dire remplir l’audience-.

#Momokana