Agriculture : Comment atténuer les aléas climatiques et naturels ?

Publié le 17 Déc 2021 par SINOTABLES

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« Pendant quatre jours nous sommes descendus à Tawouan. Tawouan est une communauté à l’intérieur de la Commune de Santchou. Pendant ces quatre jours nous avons exploré de manière pratique l’outil EPRACC. Pendant ces quatre jours nous avons travaillé avec la communauté Tawouan pour évaluer l’impact des changements climatiques au sein de la communauté ». Carole FOPA est le responsable de la communication au sein du Groupement d’appui pour le Développement durable (GADD), une organisation qui accompagne les producteurs biologiques au Cameroun.

Cet article a été rédigé par Augustin Roger MOMOKANA pour le compte du journal en ligne Sinotables. Date de la mise en ligne 17 décembre 2021

Face aux aléas d’origine climatique, naturelle et humaine –sécheresse, inondation, dégradation des sols, éboulements, phytopathologies- l’EPRACC (Évaluation participative des risques liés au climat et aux catastrophes) devient incontournable. Cet outil permet d’intégrer les risques liés au climat et aux catastrophes dans la planification et le développement communautaire.

« On s’est rendu compte que la production est en baisse du fait d’un certain nombre d’éléments identifiés comme directement liés au changement du climat. Nous avons estimé qu’en formant le personnel du GADD et les autres collaborateurs et des médias qui nous accompagnent à l’outil EPRACC, cela nous permettra de nous doter d’une démarche qui puisse permettre à nos producteurs de mieux s’adapter aux changements climatiques. » Georges NGOUNI TAJIOTIO est le coordonnateur du GADD.

Pour la toute première fois au Cameroun, sous la houlette Pain pour le Prochain, de Brot Für Die Weit et de Heks Eper, cet outil est désormais présent. Grâce à un transfert de compétences aux cadres techniques du Groupement d’Appui au Développement Durable (GADD).

Ce transfert de compétences au moyen d’un atelier d’une semaine a été assuré par Théophile WUEMENOU, expert en agroécologie ; avec les contributions de Docteur Joël MOUMBE SAGNE, expert de l’Agence municipale de gestion des déchets de Dschang (AMGED), du délégué départemental du ministère de l’Environnement et du développement durable pour la Menoua.

« Dans le milieu où nous sommes allés les gens parlent beaucoup d’inondation, les gens parlent beaucoup d’érosion, les gens parlent beaucoup de dégradation des terres. Les gens vivent un changement climatique très dommageable. La saison sèche est trop longue qu’avant, la saison des pluies se rétrécie. Les gens ne savent plus quand est ce qu’il faut démarrer la campagne agricole.»

Après un travail pratique axé sur la constatation des réalités, la collecte des données sur le terrain dans la localité de Santchou, département de la Menoua, à l’Ouest du Cameroun, l’expert, les techniciens et les populations de Tawouan sont rentrés dans la phase théorique. Elle leur a permis d’évaluer, d’analyser les données récoltées afin d’identifier ensemble le niveau des défis et les pistes d’approche pour des solutions adaptées à court et à moyen terme.

Tawouam est un grand bassin agricole qui, sous les effets du changement climatique et des inondations, a presque tout perdu : certaines cultures à l’instar du taro ont disparu ; d’autres dont le cacaoculture sont dans la même voie.

ATABONFACK Géraldine est membre du Groupement d’initiative commune (GIC) AFABONG. Cette organisation paysage basée à Tawouan salue le choix porté sur leur communauté : « lorsqu’ils sont venus de Dschang nous avons fait quatre jours de travail. Nous avons parcouru les plantations. Nous leurs avons présentés les plantes qui se dessèchent à cause du manque d’eau, celles qui sont attaquées par les maladies. Nous leur avons présentés toutes les menaces auxquelles nous faisons face. Il n’est plus possible de dire que nous avons un calendrier agricole. L’année dernière vous avez fait les semis en septembre, cette prochaine nous sommes en décembre et vous n’avez pas toujours un signe de la pluie dans le ciel. On attend la pluie, c’est le soleil qui vient, et vice-versa. De ce fait les pluies ne poussent pas et on doit faire face à la famine, on a de la peine pour se soigner avec certaines plantes médicinales de notre champ. Certaines cultures ont radicalement disparus. Depuis trois ans nous ne cultivons plus le taro. Le cacao est entrain de subir le même sort, attaqué par certaines maladies liées à la sécheresse. Avec tout ce que nous avons fait sur le terrain et ici au GADD nous espérons trouver une solution pour nos problèmes.»

L’atelier se présente donc comme est une opportunité pour adresser le problème avec les paysans en vue de renverser la tendance. Concrètement, il s’agit d’outiller les cadres techniques aux manifestations des changements climatiques, aux défis qu’ils imposent, au développement des stratégies d’adaptation.

Après l’acquisition de cette compétence, le GADD dont l’initiative pour le développement l’agriculture biologique est connue et porteuse depuis la mise en place de la SPG (système de production garanti) doit dès à présent déployer ses techniciens à travers le pays pour le partage d’expérience afin que les attentes des communautés soient rapidement satisfaites.

« La communauté que nous avons ciblée fait partie du paysage des producteurs bios qui nécessitent l’encadrement du GADD. Pour nous c’est une action pilote. Elle est appelée à s’élargir auprès des autres producteurs y compris les producteurs conventionnés. Donc une fois l’acquisition de cet outil faite, nous allons nous déployer dans l’ensemble du département de la Menoua, dans les villages que nous accompagnons. Ils sont dans les arrondissements de Fokoué, Nkong-Ni, Fongo-Tongo, Penka-Michel, Dschang et Santchou. »

A Tawouan, l’idée d’un point d’eau a été évoquée. Il s’agit de créer un forage qui va permettre d’irriguer les plantations. Comme quoi Santchou n’a plus les pieds dans l’eau comme c’était le cas il y a une décennie. Cela pourrait permettre non pas de résoudre le problème dans son intégralité, mais il pourrait tout de même permettre aux producteurs d’adapter de nouvelles cultures.

Augustin Roger MOMOKANA