Cameroun: Peut-on oser la route comme moteur du développement économique?

Publié le 17 Déc 2021 par SINOTABLES

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« Lorsque la route passe, le développement suit.» Cette maxime est trempée de modestie. Parce que la route, qu’elle soit terrestre et ferroviaire, maritime ou aérienne, est en soit le développement. L’on se pose alors la question fondamentale : comment le Cameroun doit-il construire son développement à partir de la route ?

Cet article a été rédigé par Augustin Roger MOMOKANA pour le compte du journal en ligne Sinotables. Date de la mise en ligne 17 décembre 2021.

Ce mercredi 15 décembre 2021, la salle des spectacles de l’Université de Dschang a accueilli une table-ronde sur le thème : « Transport et transit des marchandises (TTM) au Cameroun ». accueillant les participants constitués de conférenciers venus de Douala, des enseignants et des étudiants de cette université le doyen de la Faculté des sciences économiques et de gestion (FSEG) a situé l’intérêt du choix de la thématique : « Le transport et le transit des marchandise » est un thème d’actualité, vue la position géographique du Cameroun en Afrique centrale. Le transport et le transit devaient être l’un des piliers du développement économique de notre pays. Voilà pour quoi nous avons voulu aborder ce thème dans le cadre de la grande conférence que la Faculté des sciences économiques et de gestion organise ce jour », explique le professeur Georges WANDJI.

Organisée par la Faculté des sciences économiques et de gestion (FSEG) dans le cadre des Grandes Conférences et sous le patronage de Monsieur le recteur, cette joute intellectuelle a permis au panel de disséquer la route qui est le moyen de déplacement des marchandises d’un point A à un point B.

La route est une opportunité extraordinaire pour qui sait les construire et les entretenir. Ainsi le Cameroun est de ces pays qui ont la chance de bénéficier des trois types de routes que nous puissions imaginer : l’automobile, le train, le bateau et l’avion. Des corridors soigneusement aménagés pour faciliter le transit.

Deux experts, le professeur KENGUET Ebenezer, enseignants à l’Université de Douala et expert agrée près la cour d’appel du littoral ; et NKONDJE NKONDJE EKONGLA Alex, ingénieur statisticien et directeur de la facilitation des échanges et de l’observatoire des transports au Conseil national des chargeurs du Cameroun (CNCC) sont imbattables.

« La route est un élément fédérateur au transport et transit. Elle est surtout le support fondamental de ces deux activités. En construisant des routes, en développement les routes, en les entretenant on développe inévitablement le transport et le transit. Donc la route est capitale en matière de développement économique.»

Pour le professeur KENGUET Ebenezer, le Cameroun peut bâtir une économie solide à partir du transport et du transit. Il suffit de construire de belles routes, de les entretenir et de rendre leur fluidité concrète en « démantelant » les obstacles, notamment les barrières tarifaires, les entraves administratives et commerciales entre autres. Plusieurs de ces barrières connues de tous sont illégales. Pourtant elles résistent à l’autorité. L’autorité devant une telle manœuvre doit constituer une équipe capable de sillonner les corridors afin de mettre en difficultés les « usurpateurs » qui y sèment la terreur.

Ceci est d’autant intéressant pour le Cameroun qui, malgré le fait qu’il compte seulement 9133 km de route, est un pays de transit pour plusieurs pays de la sous-région Afrique centrale dont le Tchad et la Centrafrique. 90% des produits d’importation de ces deux pays transite par le Cameroun.

NKONDJE NKONDJE EKONGLA Alex va plus loin, en partageant quelques chiffres qui permettent de mesurer l’ampleur des entraves à la fluidité de nos routes. La distance qui sépare Douala de Kousseri est de 2090 km. Pour la parcourir à partir de Douala, le camionneur met sensiblement 14 jours, s’arrête à 79 postes de contrôles. Les contrôles causent une dépense de 225 000 FCFA, soit environ 350 dollars US. Tout ceci permet de conclure que ce commerce n’est pas rentable pour le camionneur qui part de Douala pour Kousseri avec une marchandise de 2 000 000 FCFA. Non seulement il est étranglé par la route, mais aussi il ne pourra pas rentabiliser son activité. A cause de ces barrières il effectue seulement 12 voyages au cours de 12 mois. C’est pratiquement identique lorsque le camionneur part de Douala pour Garoua Boulai (841 km).

Selon ce statisticien, ces goulots d’étranglement sont si nombreux et indémontables (Douane, Eaux et forêts, Transport, Police, gendarmerie, etc.) que le Tchad et la RCA réfléchissent à l’idée de trouver un moyen de contourner le Cameroun. L’hypothèse du port de Cotonou est avancée. Une option qui, si elle est mise à exécution, paralyserait les ports camerounais pourtant très attractifs selon plusieurs autres pays dont le Soudan du Sud, le Niger, le Congo, et le Nigeria.

Au plan interne, pour sortir du port autonome de Douala, la marchandise à destination du marché camerounais met 21 jours, contre 3 à 4 jours pour les marchandises en transit. Une lenteur fortement dommageable pour le Cameroun et ses pays voisins. Pourtant, les pays qui ont pris conscience du poids de la route et du transit dans la politique de développement ont pu réduire ces délais à 3 heures pour les marchandises en transit et 12 heures pour les marchandises destinés au marché intérieur.

« Le Cameroun est un État côtier. Ce qui est un atout extraordinaire sur le plan économique. Le Cameroun peut donc profiter de cette position pour construire son développement économique à partir du transport et du transit. La route conditionne le transport maritime, comme elle conditionne le transport routier. »

Les routes, parce qu’elles permettent de convoyer les marchandises, sont un outil exceptionnel pour le développement économique d’un pays. L’Éthiopie, a-t-on appris, tire 50 % de son budget de son transport aérien. A contrario, le Cameroun qui sert de transit au Tchad, Centrafrique semble n’avoir pas saisi la pertinence de cette opportunité que lui a offerte la nature. Il devrait se mettre au travail dès aujourd’hui pour construire des routes de qualité, leur assurer une fluidité irréprochable. Telle est la condition pour que l’économie du transport impacte significativement le développement.

Augustin Roger MOMOKANA