Cameroun – Opération Craie Morte : voici le plaidoyer du secrétaire général du CPP.

Publié le 02 Mar 2022 par SINOTABLES

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Franck Essi, le secrétaire général du CPP(Cameroon People’s Party), un parti politique camerounais de l’opposition, a émis son avis sur la grève du collectif des enseignants vacataires du Cameroun.

L’homme politique dénonce ce qu’il qualifie du « mauvais cœur » du gouvernement camerounais. Pour lui, « On a Trop Supporté » mérite son soutien et celui de l’ensemble des camerounais.

La vérité est que l’Etat camerounais peut payer les enseignants s’il a la volonté de le faire. A quoi sert le fonds de souveraineté ? L’éducation c’est quand même la valeur suprême pour le développement. L’Etat ne parle pas sérieux lorsqu’il déclare qu’il lui manque de l’argent, alors que des possibilités de trouver de l’argent dans son budget existe.

ON A TROP SUPPORTÉ : SOUTIEN TOTAL
Depuis plus d’une semaine, des enseignants camerounais ont engagé un mouvement de grève en vue de faire respecter leurs droits et de mettre fin à des injustices structurelles.

Nous soutenons toutes leurs revendications. Elles sont à la fois légitimes et légales.

Nous soutenons à 1000% leur mode opératoire. Le mouvement « craie morte » est à la fois non – violent, pédagogique et approprié pour faire prendre conscience à toute la société de l’urgence de la situation ainsi que mettre positivement la pression sur le Gouvernement.

Aucun parent conscient et soucieux de l’avenir de ses enfants ne peut croire qu’une bonne éducation est possible avec des enseignants impayés, sous payés, méprisés et clochardises.

Le moyen le plus sûr de détruire un pays n’est pas de lui faire la guerre. C’est de détruire son système éducatif. C’est de le vider de son contenu et de créer les conditions pour que les enseignants ne soient plus motivés pour faire leur travail. N’oublions pas que la richesse la plus importante d’un pays, ce sont des ressources humaines patriotes et bien formées pour faire face aux défis d’aujourd’hui et de demain.

On nous parle de contraintes budgétaires. Ce qui est inadmissible dans cette situation, c’est le fait que certaines dépenses soient toujours systématiques et automatiques tandis que d’autres sont toujours renvoyées à plus tard. Les salaires et autres avantages des ministres sont versés à temps. Les frais de mission et les bons de carburant sont versés à temps. Mais les salaires et les primes des enseignants sont en souffrance.
On trouve de l’argent pour construire les stades de football à trois fois le prix, mais on manque d’argent pour construire les hommes et les femmes d’aujourd’hui et demain. Apparemment, la jeunesse n’est plus le « fer de lance » de la nation.

Ce mot d’ordre de « craie morte » est moins dangereux que la décision stupide d’arrêter les cours à 13h pendant la CAN.

Ce qui est en cause, c’est la mauvaise gouvernance et les injustices. Comment comprendre que l’on vote un budget depuis des années, qu’on soit au courant de tous ces problèmes mais qu’on y apporte pas de solutions réelles, durables et définitives ? C’est aussi une injustice parce que l’on a organisé une mafia de telle sorte que certains sont assignés à résidence dans certaines fonction et dans certaines régions tandis que d’autres, une minorité, profite de tous les avantages en termes de postes et de mobilité (Professionnelle et territoriale).

En termes simples, c’est une politique du mauvais cœur, voire du « noir cœur ».
Les enseignants ont raison de lever la voix et de rappeler aux gouvernants leurs responsabilités minimales.

À ce stade, la communication à l’issue des échanges avec les syndicats est loin d’être satisfaisante. Elle reste floue. Il n’y a pas d’engagement clair et ferme de corriger les manquements décriés par les enseignants. Dans ce contexte, il faut simplement poursuivre la pression.

Si toutes ces personnes ne sont pas capables depuis plusieurs années de mettre en place un système qui permette aux enseignants d’être payés à temps et de travailler dans les conditions prévues par la loi, qu’est-ce qu’ils foutent aux affaires ? Si leurs titres, diplômes et intelligences conjugués ne permettent pas de résoudre ces problèmes que des centaines de pays dans le monde ont déjà résolus, ils nous servent à quoi ?

Qui parmi eux peut supporter les conditions dans lesquelles vivent ces enseignants depuis plusieurs années ?

Le slogan « On a Trop Supporté » est pertinent et valable pour une majorité de camerounais.es répartis dans d’autres secteurs d’activité.

Il résume bien l’esprit républicain et patriotique qui caractérise la démarche des enseignants depuis plusieurs années.

L’heure n’est plus aux promesses sans lendemains.

Payer les enseignants et faites en sorte que cela ne se reproduise plus !

On a trop supporté. Ça suffit !

Franck Essi

27 Février 2022