Comprendre le « Monument Patriote »: On n’est pas obligé d’aimer une œuvre artistique.

Publié le 19 Mai 2022 par SINOTABLES

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Des Camerounais de Yaoundé ont déjà commencé avec leurs histoires de « 100 F Carrefour « J’aime Mon Pays!» Le carrefour en question c’est le rond-point des services du Premier ministre, autrement appelé Place l’An 2000.

L’art qu’il soit peint, sculpté, photographié, dansé, chanté, caricaturé, a ceci de particulier qu’il peut apparaitre hermétique pour certains, et accessible pour d’autres. Cela ne signifie pas pour autant que cette première catégorie doit le détester. Bien au contraire elle doit fournir un effort supplémentaire pour le comprendre, pour le déconstruire afin de se l’approprier. C’est ce qui se passe avec les élèves qui n’ont pas compris une leçon. Ils ne tirent pas à boulets rouges sur l’enseignant. L’art peut être atemporel, comme il peut être éphémère à l’instar des arts de la rue dont la performance et l’installation.

Une sculpture urbaine est une œuvre artistique qui a pour rôle d’ajuster la mentalité et la perception visuelle et morale de la masse. Sa qualité ne dépend ni de sa taille ni de son auteur, mais du message qu’il veut véhiculer, pour produire un effet psychologique et cathartique sur ses consommateurs; peu importe les perceptions de la foule. Toutefois, il peut arriver qu’une œuvre monumentale connaisse des réajustements si sa perception par la masse compromet la cohésion sociale. C’est d’ailleurs dans cette logique que le monument au rond-point de la Place des fêtes de Mbouda, dans la région de l’Ouest, avait été modifié par son constructeur, le maire Mylord.

Le « Monument Patriote » fait partie de l’art, de la catégorie de la sculpture monumentale ou sculpture urbaine. Il représente deux arcs de cercle plantés dans le sol soutenu de manière à former un parapluie. Ces arcs de cercle sont soutenus en leur cœur (nœud) par un pilier couronné par un ballon de football décoré des couleurs du drapeau du Cameroun. Vu dans son ensemble, ce monument est une sorte de voûte, un toit même s’il n’est pas recouvert de pailles ou de tôles. Sur lui repose une espèce de globe terrestre avec la figure du Cameroun en cage. Deux chaises vides autour symbolisent, sans doute, celle du peuple anglophone et celle du peuple francophone. Quant à la couleur du monument, elle est blanche, tandis que les lettres sont en bâtons dorés.

Le « Monument Patriote » dont le nom de baptême a été adopté par les membres du Conseil de Communauté lors de leur session extraordinaire tenue le 29 décembre 2021 à l’Hôtel de ville de Yaoundé, est décoré d’un message en langues officielles : l’anglais et le français. « J’aime mon pays le Cameroun », « I Love my Country Cameroon » est un message vieux de plusieurs décennies. C’est le titre jadis donné au premier livre d’éducation civique, au livre d’instruction civique dont l’auteur est Henri MBALA MBARGA. Ce message est en lettres d’or, c’est-à-dire qu’il matérialise toute une vision, celle que les dirigeants ont du Cameroun. Une vision très colorée, matérialisée par les jets d’eau lumineux, qui ne peuvent laisser personne indifférente.

Si nous observons bien le site où le monument est érigé, nous disons dire qu’il est à la porte du gouvernement. S’il ventile son message à tous les Camerounais qui passent par ce carrefour anciennement baptisé « Place l’An 2000 » -ici Roger MILLA avait été couronné et célébré par le monde entier le 1er janvier 2000 -, il s’adresse davantage au gouvernement, aux fonctionnaires de l’Etat dont le patriotisme n’a pas toujours fait l’unanimité parmi les Camerounais. Ils doivent donner le meilleur exemple à tout le peuple camerounais.

De nombreuses œuvres d’art ne sont acceptées par la population qu’avec le temps car à force de le cohabiter, elle finit par s’en faire une idée précise. La « Nouvelle Liberté », réalisée par Joseph Francis SUMMEGNE au rond-point Deido à Douala n’apparait plus aux yeux de la masse comme un « njunju », une sorte d’amas béants de déchets de récupération, mais comme le fruit d’une imagination et d’un savoir-faire exceptionnel.

Il faut constater que le Monument « Le Patriote », même s’il se trouve érigé à l’un des ronds-points les plus illustratifs de Yaoundé, a été mis dans un enclos. Pourtant il est connu de tous les Yaoundéens que ce site figure parmi les plus prisés le weekend. Les gens y viennent pour les photos. Le concepteur, qui est le maire de la Ville de Yaoundé, aurait-il pris cette décision afin d’éviter que le site ne devienne le siège des mécontents de la République ? Ces personnes qui, pour une raison ou pour une autre, se mobilisent généralement devant la primature à l’effet de faire entendre leur ras-le-bol au Chef du gouvernement.

Dans la catégorisation du patrimoine urbain, le « Monument Patriote » n’est ni commémoratif, ni historique, ni commercial, ni religieux. Il est donc politique. D’ailleurs son objet est la construction dans les mentalités bouleversées par la crise anglophone et la montée vertigineuse du tribalisme de l’idéologie des gouvernants.

Pour rappel, le « Monument Patriote » construit sur une superficie de 3664 m² a été inauguré mercredi 18 mai 2022 par madame la ministre de l’Habitat et du Développement urbain, Célestine KETCHA Courtès, représentante personnelle du Chef de l’Etat camerounais. Si le monument allume déjà la toile, aucun détail n’a encore filtré sur le coût de l’ouvrage. Toutefois, l’on parle de plusieurs centaines de millions de FCFA.

Augustin Roger MOMOKANA / Photo: DR

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