Le Centre Climatique de Dschang: de la tradition à la modernité (1).

Publié le 29 Sep 2022 par SINOTABLES

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Nous ouvrons ce jour une série de publications sur le Centre climatique de Dschang. Ce regard critique nous est proposé par Maurice NGUEPI. Cette présentation intervient alors que la communauté internationale célèbre le Journée mondiale du tourisme ce 27 septembre.

Depuis ses origines, le Centre Climatique a été vu par les populations locales comme le quartier blanc devant servir de point de départ à une colonie européenne de peuplement dans la ville de Dschang.

Les arguments soutendant cette vision reposaient d’une part sur certaines constances historiques, l’histoire de la colonisation de l’Amérique et de l’Afrique fournissant tant d’exemples, et, d’autre part, sur certaines infrastructures construites tout autour du Centre, à l’instar de l’institut de recherches agricoles (IRAD), de l’usine de montage automobile (SIMCA), des vastes champs de thé et de l’aéroport situé à moins de deux kilomètres de là, longé par le pont du plaisir, un fleuve artificiel créé dans le cadre de la stratégie d’électrification de la ville.

Cette façon de voir le Centre Climatique de Dschang était confirmée par la littérature historique existante qui révélait qu’il avait été construit en 1942 pour permettre le repos des militaires et agents coloniaux de l’époque.

De plus, l’histoire du Cameroun enseignait que, trois décennies avant son inauguration, la construction de Bonandjo avait consacré, dans les faits, la ségrégation raciale dans la ville de Douala, l’expropriation des terres et l’éviction des populations locales vers l’arrière-pays, et que, pour cela, les traités germano-camerounais de 1884 avaient été «déchirés» et Douala Manga Bell exécuté (1914).

Face à cette réalité historique émouvante, on ne pouvait plus échapper à la conception endogène qui présentait le Centre Climatique comme le premier quartier blanc consacrant l’apartheid dans la ville de Dschang.

Il faut dire que ce centre avait véritablement fasciné les populations de Dschang et le peuple camerounais tout entier, non pas parce qu’il comprenait les premières résidences véritablement modernes, mais surtout parce qu’il ressemblait étrangement au plan architectural de toutes les chefferies traditionnelles de la région.

En effet, les chefferies traditionnelles de Dschang en particulier, et de la région de l’ouest en général, ont, au centre, la grande maison familiale de réception (salle des banquets) et, tout autour, les nombreuses cases des femmes, des notables et de préservation du patrimoine, toutes aux toits coniques et donnant sur la grande cour. Tout comme le plan de ces chefferies, le centre climatique présente, à l’entrée de la grande cour, le grand bâtiment de réception et de réunion (la salle des banquets) entouré d’une vingtaine de maisons (bungalows) aux toits coniques. Vu de près comme du ciel, il est la parfaite illustration du modèle architectural de ces chefferies, et c’est la raison pour laquelle cette architecture traditionnelle locale modernisée était devenue l’élément déclencheur de la fascination qui en avait fait le site touristique le plus célèbre d’Afrique centrale.

Maurice NGUEPE

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