Le Centre Climatique de Dschang: de la tradition à la modernité (2).

Publié le 10 Oct 2022 par SINOTABLES

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Aujourd’hui nous vous proposons notre deuxième épisode de l’analyse de Maurice NGUEPE sur le Centre Climatique de Dschang. Il est question du modèle architectural avec tout ce qui va avec:le site, les matériaux de construction, la verdure et la peinture.

Lorsqu’on regarde en profondeur la philosophie ayant entouré cette œuvre [du Centre climatique], on réalise que cette ressemblance architecturale n’est pas un fait fortuit. Elle est le résultat d’une anthropologie politique et culturelle qui perçoit dans la reproduction des modèles existants la condition de l’identification à la nouveauté.

L’identification à la nouveauté engendre à son tour la perte de vision critique sur la direction que prend l’existence et maintient l’homme dans la perception de l’étranger non comme un danger, mais comme un alter égo. Autrement dit, dans le but de dompter les populations locales en pleine période coloniale, il ne fallait pas construire quelque chose de trop différent dans la forme, question de ne pas susciter la prise de conscience d’une perte brutale d’identité culturelle pouvant avoir pour corollaire l’émergence d’un soulèvement populaire.

Voilà pourquoi, en lieu et place d’une interrogation sur les conditions d’exclusion des populations locales des sites conquis, celles-ci et le Cameroun tout entier avaient plutôt été fascinés par leur propre modèle architectural en reconstruction.

Au-delà de la reproduction de cette copie conforme du modèle architectural traditionnel existant, la question qui revenait sur toutes les lèvres était de savoir ce qui faisait l’attrait international du centre climatique de Dschang? En d’autres termes, qu’est-ce qui avait fait de ce centre, si traditionnel dans sa conception, une œuvre moderne?

À cette question, il faut voir la netteté des lignes, le renouvellement des couleurs et l’entretien de la pelouse. D’abord, la netteté des lignes: la droiture, la finesse, la constance et la régularité des lignes sont les marques déposées de la modernité. Elles sont l’expression de la rigueur, de la dextérité et du professionnalisme dans l’action.

Les architectes de nos chefferies traditionnelles et des concessions des familles polygamiques avaient le souci de cette finesse, mais les matériaux de construction (bois, bambou, lianes…), à cause de leur manque de solidité et de résistance, entamaient constamment la durabilité des lignes, d’où l’allure vieillissante de nos habitations. Ensuite, le renouvellement des couleurs: il n’est point besoin de préciser que la maîtrise des couleurs est une marque fondamentale de la modernité.

Une cité bien peinte, des objets de la civilisation aux couleurs flamboyantes donnent à l’espace vital une allure enchanteresse. Nos grands-parents n’avaient pas suffisamment insisté sur l’utilisation quantitative des couleurs et sur le sens de leur valeur qualitative jusqu’à ce que le Centre climatique vienne nous révéler le charme qui y réside.

Enfin, l’entretien de la pelouse: si de nombreuses villes camerounaises et africaines ressemblent aujourd’hui à de champs de bataille dévastés et abandonnés, c’est non seulement en raison de l’absence du renouvellement des couleurs sur les murs de nos maisons, mais aussi et surtout à cause de l’absence de la pelouse. C’est la pelouse qui fait la propreté de l’environnement. C’est le gazon qui, en produisant la verdure, fait la beauté des villes modernes. C’est encore le gazon qui empêche, en saison sèche ou en été, la poussière qui aurait pollué l’air que l’on respire, et recouvre, en saison de pluie ou en hiver, la boue qui aurait émergé des eaux. Une ville ou une zone d’habitation, recouverte de pelouse ou de gazon, des abords des routes jusqu’aux confins des maisons, est nécessairement une belle ville. C’est ce que le Centre climatique et d’autres villes modernes nous ont donné à comprendre.

Maurice NGUEPE

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