Christian Etongo à Sinotables : «. L’art performance est toujours politique et subversif. »

Publié le 14 Oct 2022 par SINOTABLES

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Christian ETONGO, personne ne le dit, est le gardien de l’art performance au Cameroun et l’un de ses plus grands ambassadeurs sur la scène mondiale.
L’homme qui vient de franchir la cinquantaine a déjà parcouru plusieurs pays à travers le monde pour porter le message du Cameroun et du Cameroun dans un domaine de l’art sujet de vives polémiques sur le continent.
Présent à Dschang dans le cadre de la 1ère édition du Festival International Reconnection, Christian ETONGO anime un atelier pour jeunes performeurs, en attendant sa prestation du 17 octobre à 16 heures, au Musée des Civilisations.
L’artiste s’est entretenu avec le reporter de Sinotables sur l’art performance et sa vision du Festival International Reconnection qui se poursuit jusqu’au 17 octobre au village du festival érigé à l’Alliance Franco-Camerounaise de Dschang.

Vous êtes à Dschang pour la toute première édition du Festival International Reconnection. Il s’agit exactement de reconnecter quoi ?

Le Festival International Reconnection est un festival culturel qui, comme son nom le dit, œuvre à la reconnection des valeurs africaines que les Africains tendent à perdre. Ce festival essaie donc de revaloriser ces valeurs-là. Je suis venu parce que le travail que je fais depuis sept ans va dans ce sens. Pour cela j’ai pensé que donner un coup de main à Dieuzyl était important.

Vous êtes également le promoteur d’un événement similaire mais qui se préoccupe de l’environnement qui, selon vous, est un médecin.

Oui ! Le Perform’Action Green Festival est le festival international d’art performance sur l’écologie et le développement durable au Cameroun. Il défend la cause de l’écologie. Il faut le dire, nous pensons le plus souvent que l’écologie c’est une histoire des Occidentaux, mais il faut regarder par exemple le lac municipal de Dschang pour voir son degré de pollution par les bouteilles et autres emballages plastiques. Il y a également plein de poubelles dans les rues. Donc nous faisons des efforts pour aller dans les coins reculés, dans les zones où l’art est difficile d’accès, afin de passer le message de la préservation de notre environnement.

De quelle manière allez-vous passer le message de la reconnection au public de Dschang ?

La performance que je présente lundi 17 octobre à 17heures au Musée des Civilisations du Cameroun ici à Dschang est intitulé « Totem ». C’est un spectacle qui parle de la restitution des objets d’art et d’objets de culte de l’Europe vers l’Afrique. Pour cela il faut venir voir afin de connaitre ma position. Je ne juge pas, mais je montre ce qui vient de mon esprit. Il faut ajouter qu’il s’agit d’une série exploratoire d’une performance dont la première a été montrée au Musée des Cinq Continents à Munich en 2019 et, depuis, je l’ai présentée dans plusieurs pays et là ce sera la première fois à Dschang.

L’art performance, comment est-ce que vous le définissez ?

Pour moi, la définition qui sied à la performance artistique est qu’il s’agit des gestes du quotidien. Parce que la performance c’est la vie. Au début de ma carrière j’ai souvent été traité de fou, ou alors de quelqu’un qui n’était pas un artiste. Ce jugement ne m’a pas découragé, jusqu’à ce que mon art soit reconnu quinze après. Aujourd’hui je donne des ateliers et j’anime des conférences à travers le monde. D’ailleurs, je suis content parce qu’il y a un engouement réel autour de la performance en Afrique. Il y a plusieurs jeunes avec qui je partage mon expérience.

La performance serait-elle un art subversif, nous avons lu que Gabriella BADJECK a été interdit de scène à Yaoundé ?

C’était un incident avec le gouvernement camerounais. Tout simplement parce que Gabriella BADJECK n’a pas suivi les conseils que je lui avais donnés. Généralement c’est ce qui arrive quand on n’est pas prêt et lorsque les autorités savent qu’elles peuvent vous gêner. Donc elle a été interdite au Musée National lors d’une grande manifestation d’envergure internationale avec le curateur Simon NJAMI.

Les artistes camerounais ont une activité créative axée plus dans le rituel, alors qu’il existe une tendance politique susceptible de bousculer les lignes aussi bien sur le plan politique que structurel. Ils ont peur de quoi ou de qui?

Il y a des performances que je fais qui ne sont pas affichées comme des performances politiques, mais ceux qui les regardent-les participants- comprennent tous seuls le message que je véhicule. L’art performance est toujours politique et subversif.

Parlant des spectateurs, vous les appelez participants ou témoins ?

Ils sont à la fois les témoins et les participants. Parce que les performeurs, en général, ne font pas de photos et de vidéos. Ceux qui sont autour de l’œuvre sont les témoins avec tout ce qu’ils ont vu et les émotions qu’ils ont eues. En général, quand vous revoyez une vidéo de performance, elle ne reproduit pas la même émotion et parfois elle peut être comprise dans un sens dégoûtant alors que ce n’est pas ce que l’artiste a voulu montrer. Donc beaucoup d’artistes ne prennent pas de photos de leurs performances parce que ce sont les témoins et les participants de leurs performances sont ceux qui gardent les images dans leurs cerveaux.

Quelle place occupe la performance dans le concert des disciplines artistiques ?

La performance est un art hybride, un espace de rencontre des autres arts. Il faut avant tout maitriser un domaine artistique, et après aller chercher ailleurs. Parfois ça, a l’air facile. C’est pourquoi certains artistes débarquent, produisent une œuvre qu’ils ont vue sur YouTube, et tout suite parfois les gens pensent que c’est très facile.

Quel regard souhaitez-vous que les populations de Dschang portent sur le Festival International Reconnection?

Il faut déjà dire que je ne viens rien leur apprendre. Parce qu’il y a beaucoup d’actes performatifs à l’Ouest Cameroun avec les danses patrimoniales, avec les rituels, les deuils, les funérailles, les naissances. Donc, les gens de l’Ouest vivent avec ça au quotidien. Mais il faut dire que pour travailler sur un rituel en performance, il faut bien maitriser le rite que vous proposez pour que ce ne soit pas quelque chose de vide.

Vous venez précisément de proposer un rituel depuis la berge du lac municipal de Dschang. Qu’était-il ?

Cet espace va accueillir le festival. C’était dire aux esprits de l’eau- ce qu’on néglige souvent- que nous sommes là, nous sommes vos amis, nous venons pour la reconnection avec les peuples. Et là j’ai parlé en Nkol Béti qu’on appelle malheureusement l’éwondo. J’ai parlé en cette langue-là pour être compris. Il y a forcément un esprit qui comprend et qui assure la traduction pour les ancêtres.

Propos recueillis par Augustin Roger MOMOKANA

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