Menoua : “carambolage” entre le christianisme et le crânisme à Bamendou.

Publié le 24 Oct 2022 par SINOTABLES

Spread the love

Un affrontement digne du purgatoire. La famille a arraché le corps de sa défunte pour la porter en terre alors que la messe se faisait interminable.

Pasteur Achille, Pasteur Marcel et Pasteur Modeste n’oublieront jamais cette journée où, même parlant au nom du Christ, ils se sont fait profaner par une famille qu’ils s’évertuaient à délivrer.

La scène se déroule à Zento-Zemlah, dans le groupement Bamendou, arrondissement de Penka-Michel, département de la Menoua, à l’Ouest du Cameroun.

Maman Julienne M. est décédée à Yaoundé. Les obsèques ont été programmées pour samedi 22 octobre. Un des fils de la concession, Pasteur Modeste d’une église de réveil, a invité un pasteur de Jeunesse en Mission.

Lorsque les cérémonies commencent, rien ne présage que la situation va frôler le pire. Les uns vont confisquer la parole, les autres ne vont pas le leur permettre. Une confusion qui doit certainement amuser Dieu pour qui chacun parle.

Tout s’est bien passé jusqu’au moment où la parole est donnée aux pasteurs pour dire la messe. Le pasteur de l’Église évangélique du Cameroun (EEC) local mène bien son culte. Au moment où il veut remettre le micro aux organisateurs, un autre homme de Dieu le sollicite.

« Il a pris le micro on pensait que c’était pour une minute, mais au moment où on décide de lui arracher le corps il est déjà égrené à une vingtaine de minutes et son envolée lyrique ne laisse pas présager qu’il va interrompre ses louanges. Il ne se rend même pas compte du temps morose qu’il fait déjà.»

Ainsi le corps enlevé de la scène par les enfants de la défunte, mais la prédication se poursuit. Pasteur Achille s’est même collé un interprète. Lorsque l’inhumation est terminée, impossible de faire le deuil d’après, parce que la scène est toujours sous l’emprise des pasteurs à présent trois sur la scène.

Le chef de famille fini par convaincre les femmes d’entrer en scène. Il va pleuvoir. C’est alors que les deux parties vont se disputer la scène. Jusqu’à ce que quelqu’un, sans doute plus intelligent, s’en va déconnecter le microphone. Alors les pleurs des femmes montent, et les pasteurs s’effacent.

Approchés, les deux serviteurs de Dieu ont une double lecture du deuil : Pour le pasteur de l’EEC, « ils sont toujours comme ça dans ce village. Je ne suis pas là pour servir l’homme, mais le Seigneur. »

Pasteur Achille pour sa part fait plutôt une révélation fracassante : « ils se sont comporter ainsi parce qu’ils se sont rendus compte que je vais les toucher. Ce sont des méchants. Les enfants accouchent à la maison pour quoi ? J’étais déterminé à extirper cette malédiction de la famille. »

Dans ce quartier, les invectives vont vers Pasteur Modeste. C’est un fils qui ne vient pas assez souvent lorsqu’il y a événement heureux ou malheureux. Mais pour la deuxième fois, il a encore semé du désordre. Mais « la prochaine fois il aura de nos nouvelles. Nous n’allons plus le lui permettre de prendre ce microphone », commentaire de passagers du bus qui a transporté notre reporter du lieu du deuil au stationnement de Baleveng.

Comme une situation compliquée engendre une situation compliquée, Pasteur Achille qui avait quitté la cour du deuil pour le lieu de réception de Pasteur Modeste, revient sur ses pas afin de savoir ce qui retient ses compagnons derrière. Il les surprend entrain de prier sur un homme victime d’une crise d’épilepsie.

Ça tombe bien. Ses compagnons demandent à la foule de lui ouvrir le chemin : « Laissez passer Pasteur Achille ! Il va le ressusciter. Ce gars est béni de Dieu ». Une dame s’avance et déclare : « C’est sa maladie. Ça lui arrive souvent ». Dans le rang des pasteurs une voix lui rétorque : « Pasteur libère-cet enfant de ses démons ! »

Les voix des pasteurs embrasent l’atmosphère. Lorsque le jeune homme reprend conscience et découvre qu’il fait l’objet d’une prière de délivrance, il observe d’abord ce qui se passe, puis se fait aider pour tenir sur ses deux jambes. Alors que les pasteurs tentent de le maintenir assis. Il se fâche et envoie des poings qui, heureusement n’ont heurté aucun corps. Il a failli pocher l’œil de Pasteur Achille. C’est cette fureur qui l’extirper dans leurs bras. Ils l’ont va s’en aller.

Augustin Roger MOMOKANA

Ce contenu a été publié dans Actualité, Société, avec pour mot(s)-clé(s) : Obsèques, Bamendou, Pasteur, Culte, Pasteur Achille, Délivrance, Deuil. Vous pouvez le mettre en favoris avec ce permalien