Dschang : le village Ntchounè, une chefferie traditionnelle dans le viseur de la chasse aux honneurs.

Publié le 25 Nov 2022 par SINOTABLES

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La dignité du Chef supérieur du groupement Foréké-Dschang et l’autorité des autorités administratives (Préfet de la Menoua et Sous-préfet de Dschang) compromises et écornées par la nouvelle crise en cours d’installation dans le village Ntchounè.

« Ce n’est plus un secret, il y a un communiqué radio du Sous-préfet de l’arrondissement de Dschang qui précise bien qu’il procédera vendredi le 25 novembre 2022 à la désignation d’un chef de 3e degré dans le village Ntchounè. » Ayant succédé à son père chef dudit village depuis 30 ans, ACHIGUI Martin est dans le désarroi lui qui a déjà essayé de saisir le gouverneur, le ministre de l’Administration territoriale et de la décentralisation.

Cette annonce du sous-préfet de l’arrondissement de Dschang intervient quelques temps après une convocation émise le 2 novembre par préfet du département de la Menoua, à ce même chef du village, mentionnant qu’il effectuera le 4 novembre une descente sur le terrain afin de procéder à la délimitation du village.

« Nous l’avons plutôt reçu dans le domicile de celui qui est entrain de postuler mon poste tout était préparé. J’ai été invité comme voisin. Le nom sous lequel on m’appelle aujourd’hui s’appelle Mouoh, et Mouoh ce n’est qu’un quartier. Il est question que Ntchounè devienne le village de quelqu’un d’autre qui n’a jamais été chef. En pays Bamiléké, quand le père meurt on arrête son fils et le lendemain c’est la continuité.»

Il y a nécessité de revisiter le droit administratif en vigueur au Cameroun. Parce que les personnalités qui incarnent le pouvoir administratif ont tendance à surpasser leurs prérogatives, au nom de la représentativité du Chef de l’État, des différents membres du gouvernement, du Chef de l’Etat. Des comportements au-delà de l’admissible, qui ont dans certains cas créé et instauré du désordre où ne trônait la paix.

Ces personnalités qui pourtant, à la moindre incartade citoyenne, se cache sous le prétexte de « menace à l’ordre public » pour confisquer les libertés publiques ne sont plus indemnes de tout reproche, surtout à l’heure où des « élites » frondeuses et rêveurs agacent leurs oreilles avec des histoires d’honorabilité.

Qu’est-ce qui peut motiver un préfet et un sous-préfet à se lever un matin, à accepter de procéder à « l’installation d’un chef » dans un village régulièrement administré par d’un chef légitime et non contesté par ses populations ? Comment le sous-préfet de Dschang va-t-il expliquer aux populations de Ntchounè, dans le groupement Foréké-Dschang, qu’il fractionne leur village pour en créer un nouveau ? Quels arguments fera-t-il valoir ?

Certes le décret du 15 juillet 1977 sur la Chefferie traditionnelle lui accorde ce pouvoir-là, mais il pourrait également se retourner contre lui s’il se heurte à l’opposition des populations qui voyant leur cohésion sapée se liguent contre son entreprise ?

Lire aussi l’article Congrès général Nka’ah : ce bel exemple mérite d’être copié par d’autres micro-communautés.

Selon Sa Majesté ACHIGUI Martin, chef de 3e degré du village Ntchounè, le Sous-préfet de l’arrondissement de Dschang l’invite à assister à la cérémonie de destruction du village dont il est le chef en qualité de voisin. Et il pointe son doigt accusateur sur le chef du groupement Sa Majesté DJOUMESSI WAMBA III Mathias.

« Sa Majesté a eu un malin plaisir de diviser le village. Puisque le 21 février 2022, j’ai reçu le sous-préfet en tournée dans ma chefferie. Cette fois-là le communiqué que Sa Majesté m’avait remis portait le nom de village Mouoh. J’ai cru que c’était une erreur. Pendant qu’il était là, j’ai porté la remarquer au sous-préfet qu’ici il se trouvait dans le village Ntchounè et non à Mouoh. Il m’a répondu que c’est le détail et que lorsqu’il va s’installer on va voir tout ça. Aujourd’hui je me rends compte que ce n’était pas une erreur. »

Cette déclaration permet de comprendre ce qui se cache derrière le refus de certains chefs supérieurs à faciliter l’inscription des chefferies de 3e degré de leur groupement au répertoire national. Il s’agit d’un stratagème savamment entretenu pour diviser, pour trafiquer la chefferie traditionnelle. Une telle entreprise ne devrait pas prospérer si les populations ne se rendaient pas trop attachée à de la corruption.

Le sous-préfet qui a répondu au chef du village Ntchounè venu le voir afin de lui demander de sursoir à sa descente u 25 novembre 2022, pour attendre la réaction du Ministre de l’Administration territoriale sollicité par Sa Majesté ACHIGUI Martin, a dit « qu’il n’est qu’un exécutant ». Le gouverneur ayant répondu au plaignant que « seul le MINAT peut trancher cette affaire ».

Ntchounè est un royaume en place depuis le XIVe siècle, qui sera conquis par le roi des Foréké-Dschang. Il en est au 11e chef de la dynastie. Le fils du chef Foto s’est installé sur l’autre rive du cours d’eau et a annexé les royaumes en place.

Bon pour mémoire, le village Ntchounè fait partie du Nka’ah qui est une communauté des cinq villages sud de Foréké-Dschang. Nka’ah comprend, en plus de Ntchounè, les villages Atotchi, Apouh II, Banki et Aghonto. Tous ces cinq villages sont habités par une population estimée à 5000 âmes.

Lire la loi sur la chefferie traditionnelle au Cameroun.

Augustin Roger MOMOKANA

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