Docteur Epane Sako Dejeannot à Sinotables : «ce qui manque aux géographes pour être des créateurs d’entreprises, c’est la restructuration et refondation de nos enseignements. »

Publié le 28 Nov 2022 par SINOTABLES

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La Société Camerounaise de Géographie a organisé du 03 au 04 novembre 2022 à l’Ecole Normale Supérieure de Yaoundé un colloque sous le thème : « Refondation de la recherche et de l’enseignement de la géographie du Cameroun et en Afrique ».
Ce colloque a réuni des enseignants-chercheurs, le ministre de l’enseignement supérieur, avec la présence très remarqué aussi du ministre de l’emploi et de la formation professionnelle. Pendant 48 heures, ces géographes ont esquissé la nouvelle voie que devra emprunter cette discipline dont on ne perçoit pas toujours le rôle capitale dans l’élaboration et la gestion des politiques publiques en matière de planification, de gestion du territoire, entre autres.
Au sortir du colloque, Docteur EPANE SAKO Dejeannot, Enseignant-chercheur à l’Université de Dschang, a accepté de se prêter aux questions de Sinotables.com.


Monsieur EPANE SAKO, qui se cache derrière ce nom ?

Je suis EPANE NSAKO Dejeannot, Docteur en géographe, spécialiste de la géographie du développement. Je mène par ailleurs des réflexions sur l’opérationnalisation des agropoles au Cameroun.

Vous parlez de l’opérationnalisation des agropoles au Cameroun. Qu’est-ce que c’est, et pourquoi ça n’avance pas ?

L’agropole développe un partenariat public-privé pour soutenir le développement territorial. Pour qu’il soit efficace, cela nécessite une intensification de la réhabilitation des infrastructures routières, des infrastructures éducatives ou des investissements immobiliers. Il va falloir lever ces contraintes opérationnelles qui limitent l’efficacité des actions de développement agricole et territorial.

Revenons au colloque. Pourquoi un colloque sur la refondation de la recherche et de l’enseignement de la géographie en Afrique ? Y avait-il urgence ou nécessité ?

Du 3 au 4 novembre 2022, s’est tenu à l’École Normale Supérieure de Yaoundé le colloque international sur « la refondation de la géographie au Cameroun et en Afrique ». Organisé par la Société camerounaise de Géographie, ce colloque avait pour objectif de faire la vitrine sur la production et l’expertise géographique nationale et sous- régionale.

Est-ce un signe que la géographie a mal en Afrique ? A quel niveau se trouve exactement les récriminations que vous lui faites ?

La géographie camerounaise a connu une évolution en trois étapes, à savoir la géographie coloniale et post coloniale, la géographie des pères fondateurs camerounais et la géographie moderne. Fort de ce constat, il nous a semblé important de faire une pause, de faire un bilan et de poser de nouvelles bases pour un nouveau mode de penser, d’enseigner la géographie dans les établissements primaires, secondaires et supérieurs et de faire de la recherche au Cameroun.

Expliquez-nous le rôle du ministère de l’emploi et de la formation professionnelle dans un colloque qui réunit les géographes.

La présence du ministre de l’emploi et de la formation professionnelle dans ledit colloque n’est pas un fait du hasard et a plus d’un sens. Premièrement, lors de sa dernière sortie sur les médias, ledit ministre a stigmatisé la géographie et l’histoire, apparaissant comme des disciplines inutiles. Il était donc question pour le ministre de l’emploi et de la formation professionnelle de se prononcer d’apporter des éclairages sur cette stigmatisation de la géographie. Ce dernier a dit qu’il aurait pu stigmatiser la philosophie ou les lettres modernes françaises, ou toutes autres disciplines, mais le hasard a voulu qu’il choisisse l’histoire et la géographie. Dit-il « J’ai commis la maladresse de citer l’histoire et la géographie dont je ne soupçonnais pas les capacités en termes de débouchés professionnels(…) on doit former les étudiants dont le marché de l’emploi a besoin ou parce que vous allez vous installer à votre propre compte ».La sortie du ministre était en quelque sorte une interpellation d’arrimer nos formations à la demande d’emploi sur le marché. Au vu des différentes interventions des participants, et du fichier de métiers qui peuvent naitre en géographie mis à sa disposition, le ministre a fini par réhabiliter la géographie et l’a placée sur un piédestal.
Deuxièmement, en sa qualité de ministre de l’emploi et de la formation professionnelle, et compte tenu du fait que ledit ministère fait de la lutte contre la pauvreté un cheval de bataille, sa présence n’est pas ex nihilo. En effet, d’après le ministre, créer des richesses et des biens nécessite la formation de créateurs. Par la suite, créer les richesses suppose de former des créateurs de richesses, avoir les centres ou on forme les créateurs de richesses. Former les créateurs de richesses suppose avoir les équipements et infrastructures. Tout ce qu’il a évoqué relève de la formation professionnelle. C’est pour cette raison qu’il a voulu participer au colloque.

L’une des résolutions du colloque de Yaoundé porte sur la révision fondamentale de la rédaction des Mémoires et des thèses de Doctorat/PhD, afin de les rendre systématiquement publiables. Est-ce là un véritable problème ?

Effectivement, parmi les résolutions du colloque, figurent la révision fondamentale de la rédaction des Mémoires et des thèses de Doctorat/PhD, afin de les rendre systématiquement publiables. C’est en effet l’une des difficultés auxquels sont confrontés les étudiants camerounais et Africains. En fait, il faut dire que des efforts sont à fournir dans l’écriture scientifique, de même qu’un point d’honneur doit être accordé à la pertinence des travaux.

Vous citez également l’endogénéïsation comme pilier de la refondation. Cela voudrait dire quoi concrètement ?

Parler l’endogénéïsation comme pilier de la refondation, revient à penser locale, centrer nos recherches sur nos civilisations et nos cultures, sans toutefois remettre en cause ou dénigrer la culture occidentale. Ceci voudrait dire qu’il va falloir créer des théories et concepts propres aux réalités de l’environnement physique, socioéconomique et institutionnel de l’Afrique.

L’employabilité des géographes a été évoquée. Quels sont les champs d’emplois possibles et que manque-t-il aux géographes pour devenir des créateurs d’entreprise et d’emplois?

Parmi les champs d’emplois possibles de la géographie, figurent géographe paysagiste, urbaniste, géographe topographe, cartographe, géographe climatologue etc… Cependant, ce qui manque aux géographes pour être des créateurs d’entreprises et d’emplois, c’est la restructuration et refondation de nos enseignements. Il faut arrimer nos formations à la demande sur le marché et s’approprier de nouveaux outils.

Le colloque a adopté le principe d’une part de l’admission des étudiants de Master et Doctorat au sein de la SCG et d’autre part la création prochaine d’un Ordre National des Géographes. En quoi ces décisions sont-elles nécessaires pour faire avancer la géographie ?

Parmi les résolutions adoptées au colloque figurent le principe d’une part de l’admission des étudiants de Master et Doctorat au sein de la SCG et d’autre part la création prochaine d’un Ordre National des Géographes. Ceci dans l’optique d’assurer une bonne relève et une meilleure implémentation de la nouvelle donne géographique, qui prend définitivement son envol.

Dites-nous, c’est quoi la géographie si nous voulons nous adresser au camerounais ordinaire ? A quoi sert-elle exactement ? Quelle place occupe-t-elle dans la politique de développement de nos États ?

La géographie est une science sociale qui étudie le rapport des sociétés humaines à leurs espaces. La géographie sert à la planification, à orienter, à aménager, à décrire, à développer, etc… Dans la politique de développement de nos États, la géographie semble être reléguée au second plan. Cependant, avec les résolutions prises lors du colloque sur la refondation de la géographie, les géographes devraient vont être considérés comme des décideurs.

« La géographie pour créer des emplois et booster le développement ». Comment et avec quels moyens nécessaires ?

« La géographie pour créer des emplois et booster le développement » comment et avec quel moyen ? Quelle place la SND30 accorde à la géographie? La Société Camerounaise de Géographie (SCG) se positionne résolument comme partenaire du gouvernement dans la politique impulsée par S.E. Paul Biya, Président de la République, Chef de l’Etat, telle que contenue dans la SND30. À cet effet, elle se propose d’accompagner le gouvernement dans l’atteinte de ses objectifs de développement à l’horizon 2030, en mettant en place la charte des métiers de la géographie, qui s’arriment aux besoins du marché de l’emploi.

Propos recueillis par Augustin Roger MOMOKANA

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