Cameroun : la proposition de Cameroon People’s Party pour lutter contre le phénomène « Microbes ».

Publié le 15 Déc 2022 par SINOTABLES

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Un phénomène dit « microbes » agite Douala depuis quelques jours. La situation préoccupe au point où les autorités viennent prendre des mesures conservatoires qui auront des désagréments sur la citoyenneté républicaine.

Il n’est plus question pour le gouverneur du Littoral, le préfet du Wouri et les différents sous-préfets d’arrondissement de voir la moto circuler entre 20h30 et 06h. La mesure prise mercredi 14 décembre est aussitôt entrée en vigueur et de nombreux travailleurs vont en souffrir.

Face à cette crise sécuritaire dont les racines sont le chômage, la consommation de la drogue et la paresse, le Cameroon People’s Party (CPP) fait des propositions au gouvernement. Ce parti politique voudrait que le gouvernement prenne des mesures afin que ce phénomène ne se transporte pas dans d’autres villes du pays.

*INSÉCURITÉ DANS LA VILLE DE DOUALA : PEUR ET PANIQUE CE MARDI*

Ce 12 décembre 2022, pendant deux heures (19h-21h) environ, les citoyens de la ville de Douala que nous sommes se sont retrouvés dans un état de panique généralisée. A l’origine de ce climat de frayeur, l’annonce de la présence des bandes de jeunes armés de machettes, de couteaux et de bâtons communément appelées « microbes » dans 4 des 5 arrondissements de la ville de Douala. La nouvelle s’est répandue comme une trainée de poudre. « Ils sont à Ndogbong ! », « Maintenant, ils sont à Ndokotti ! », « Mettez-vous à l’abri, ils traversent Ange-Raphael ! », « Je viens d’être victime à Carrefour Dalip ! », « Attention, ils se dirigent vers Deido ! ». Ces types de messages ont circulé par millier hier sur les réseaux sociaux en occurrence Whatsapp, Facebook et Twitter en un laps de temps.

Le phénomène des gangs de jeunes âgés de 13 à 30 ans qui attaquent une rue ou un quartier en masse, exigeant des passants, des commerçants, des taxis et des motocyclistes de leur donner de l’argent, des portefeuilles, des téléphones, des bijoux et d’autres objets de valeur existe depuis plus de 10 ans à Douala.

Ce phénomène des « microbes » s’est toutefois considérablement intensifié au cours des trois ou quatre dernières années, les gangs devenant plus importants (de 20 à plus de 100 jeunes hommes) et attaquant plus fréquemment. De nombreuses attaques ont vu les gangs marauder dans les quartiers de Douala pendant 2 à 4 jours consécutifs.

La panique de la nuit du mardi 12 décembre 2022 a été provoquée par la présence de certains gangs dans la rue ce jour, mais aussi par des rapports sur les médias sociaux qui donnaient l’impression que les gangs menaient une attaque coordonnée à l’échelle de la ville.

Des images de citoyens fuyant les gangs qui seraient arrivés ont été confondues comme étant des images des gangs eux-mêmes.

S’il est difficile d’évaluer combien de gangs étaient réellement dans les rues mardi, il est presque certain que les informations diffusées sur les médias sociaux ont amplifié la situation sur le terrain.

Il ne fait aucun doute que les forces armées à Douala doivent s’unir pour prendre des mesures à court terme pour la sécurité des civils, mais il ne fait pas de doute non plus que si les causes profondes de ce phénomène ne sont pas traitées, il ne prendra pas fin de manière efficace.

Voici quelques-unes des principales causes profondes :

*Les jeunes en situation NEET (Sans emploi, ni éducation, ni formation)*

En Afrique subsaharienne, la moyenne des jeunes sans emploi, sans éducation ni formation est de 20 %.

Bien qu’il n’existe pas de statistiques actualisées spécifiques au Cameroun, on peut affirmer sans risque de se tromper qu’il se situe très probablement dans cette tendance continentale.

Les jeunes en situation NEET sont un terrain de recrutement fertile pour les acteurs violents de tous types : les gangs urbains ainsi que les extrémistes religieux et politiques. Tous ces acteurs recrutent activement au Cameroun.

À Douala, sur une population d’environ 4 millions de personnes, environ 1,2 million (30 %) ont entre 15 et 34 ans et environ 250 000 (20,8 %) de ces jeunes sont en situation NEET.

*Trafic et consommation de drogues*

Là encore, les statistiques sont rares.

Cependant, le Comité national anti-drogue du Cameroun (CNLD) a révélé que 21% de la population a déjà essayé une drogue dure ; et 10% sont des consommateurs fréquents dont 60% des jeunes de 20-25 ans.

Le Cameroun est de plus en plus reconnu comme un pays de destination et de transit de la drogue. Les bandes de jeunes sont souvent décrites par ceux qui les ont rencontrées comme étant sous l’emprise de la drogue.

À Douala, le quartier Makea, qui est à la fois le foyer de nombreux gangs de jeunes et le lieu de résidence d’un grand nombre de leurs victimes, est également l’épicentre du commerce de la drogue à Douala.

Par ailleurs, le conflit de Boko Haram et la crise anglophone qui durent respectivement depuis 2012 et 2016 ont largement contribué à l’augmentation de la quantité de drogues trafiquées et consommées au Cameroun.

Comme leurs homologues urbains, les jeunes des groupes armés non étatiques font le commerce de la drogue pour financer leur violence et consomment des drogues pour conjurer la faim et renforcer leur courage afin de commettre des actes de violence.

Le trafic et la consommation de drogues face auxquels le gouvernement camerounais affiche très peu d’intérêt, contribuent largement à l’insécurité urbaine et nationale.

*La violence en tant que culture*

Au Cameroun, le premier auteur de la violence est l’État. Le non-respect des droits fondamentaux de l’homme par les forces armées et les institutions judiciaires de l’État, le fort ancrage de la corruption dans les prestations du service public et le piétinement constant et presque systématique du citoyen ordinaire contribuent à construire la culture de la violence et la « loi du plus fort”.

Les jeunes apprennent rapidement que ce n’est pas le mérite ou le travail acharné qui permet d’obtenir le succès, mais plutôt l’argent ou la violence. Les jeunes issus de communautés pauvres, vulnérables et marginalisées se sentent obligés de recourir à la violence pour obtenir une part du “gâteau national”.

Ceci parce que dans la réalité, ils ont peu de chances de trouver leur compte autrement.

*Des services de police et des services sociaux médiocres*

La police camerounaise ne dispose pas de ressources suffisantes et encore moins de formation pour faire face aux jeunes urbains délinquants, souvent consommateurs de drogue.

Mardi, alors que la panique et la peur se répandaient dans cette ville d’environ 4 millions d’habitants, la police n’a pas communiqué pour calmer les craintes ou distiller des informations erronées.

Les citoyens en ligne doutaient que l’appel au 117 (le contact d’urgence de la police) donne des résultats.

Les maigres ressources de la police ont été encore plus sollicitées au cours des cinq dernières années, les forces de police étant utilisées pour renforcer l’armée et les gendarmes dans les régions anglophones.

En outre, dans un pays classé 144/180 dans l’indice de corruption de Transparency International en 2021, la police est perçue par les Camerounais comme l’institution la plus corrompue du pays. Des conversations avec des habitants de Makea laissent penser que la police serait de connivence avec les trafiquants de drogue.

Certains gangs de jeunes sont associés à des réseaux de trafic de drogue et la perception est que même lorsque ces jeunes sont arrêtés, ils s’en tirent à bon compte et rapidement, puis reprennent leurs activités en toute sérénité.

Si le maintien de l’ordre est médiocre, les services sociaux en revanche, sont totalement absents. La population estimée à 360 000 jeunes en situation de NEET ne reçoit que peu ou pas de services de l’État. Beaucoup d’entre eux finiront dans la rue à se débrouiller seuls et seront des proies faciles pour des acteurs puissants et violents qui pourraient les attirer dans des gangs.

*Que doit faire le Cameroun ?*

*À court terme :*

1. Réunir toutes les parties prenantes autour de la table pour élaborer une stratégie à l’échelle de la ville et mobiliser les ressources nécessaires pour sa mise en œuvre immédiate en collaboration avec les gouvernements locaux, les acteurs non étatiques et les citoyens comme acteurs clés.

2. Améliorer le maintien de l’ordre par la formation, le renforcement des ressources et l’augmentation de la présence policière dans toute la ville et dans les quartiers clés où les gangs de jeunes sont particulièrement présents.

3. Travailler avec des responsables gouvernementaux de haut niveau et des partenaires internationaux pour éliminer le trafic de drogue à Douala.

4. Fournir des services sociaux décentralisés (par le biais des 6 arrondissements) pour les jeunes, avec un accent particulier sur l’intégration de tous les jeunes dans l’éducation et/ou la formation à l’emploi.

5. Respecter les droits de l’homme tout au long de ce processus. La violation des droits de l’homme en réponse à une crise sécuritaire ne fait qu’accroître la marginalisation, la radicalisation et la violence des jeunes et de la population.

*À moyen terme*

1. Utiliser Douala comme modèle pour l’éloignement de la culture de la violence et de la corruption dans les services gouvernementaux par un travail actif avec les citoyens et les acteurs non étatiques d’une part, ainsi que par des systèmes et une culture de la performance pour les fonctionnaires des institutions nationales et locales.

2. Renforcer et augmenter les capacités et les ressources du gouvernement local afin de lui permettre de répondre aux besoins des jeunes en situation de NEET (Sans emploi, ni éducation, ni formation).

3. Construire une force de police dotée de ressources et formée pour être véritablement au service du citoyen.

4. Mener à bien les réformes structurelles nécessaires à la croissance économique permettrait d’atténuer une proportion importante de l’insécurité.

5. Respecter les droits de l’homme et l’État de droit. Cela permet d’éviter l’anarchie et la criminalité.

Kah Walla, Présidente du Cameroon People’s Party (CPP).

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